Coup de semonce sur les technos

mardi, 08.09.2020

Marché actions. La semaine a été marquée par une correction violente des titres qui se sont repliés de 10%.

Karine Patron*

Karine Patron

La semaine passée a été marquée par une correction relativement violente des titres technologiques qui se sont repliés de 10% au plus fort de la prise de bénéfice vendredi. Cette «saine» correction intervient dans un contexte où le Nasdaq100 (indice des valeurs techno américaines) était fortement suracheté après un rebond pratiquement ininterrompu de plus de 80% depuis les plus bas de mars 2020. Le mois d’août restera le meilleur mois boursier depuis 1986 alors qu’historiquement il est en moyenne un des pires de l’année.

La capitalisation de Tesla a pratiquement dépassé celle de l’indice MSCI du secteur automobile mondial et atteignait la semaine passée 10 fois celle de général Motors et le double de celle de Toyota qui reste le plus grand constructeur automobile au monde avec plus de 10 millions de véhicules vendus par an.

Les prises de bénéfices paraissent donc légitimes mais le marché ne montre pas de signe de panique avec les bons du trésor américains qui ont à peine réagi tout comme le dollar d’ailleurs. On assiste plutôt à une rotation sectorielle en valeur des titres plus délaissés suite à la pandémie comme ceux du secteur du voyage ou des financières qui ont réussi à progresser dans un marché en baisse sur la fin de semaine.

Les banques centrales apportent toujours leur soutien inconditionnel aux marchés, garantissant des taux ultra bas sur le long terme ce qui permet au marché actions de maintenir une prime de risque toujours attrayante.

Diversifier le risque

Les états font le forcing pour arriver à proposer un vaccin plus rapidement qu’initialement attendu, favorisant la reprise économique ce qui plaiderait pour une rotation sectorielle en faveur des titres plus cycliques. Nous pensons qu’il est donc prudent, pour les investisseurs détenant beaucoup de titres du secteur technologique, de diversifier le risque en rééquilibrant leur portefeuille.

Au niveau économique la situation reste compliquée. Bien que le taux de chômage aux Etats-Unis soit retombé de 10% le mois passé à 8,4%, une partie de l’amélioration est due aux corrections de variations saisonnières que calcule le département du travail. Dans le secteur privé, les créations d’emploi sont ressorties inférieures aux attentes avec 450.000 créations sur le mois d’août alors que l’on en attendait 950.000.

L’élection présidentielle américaine se rapproche à grands pas et même si la plupart des sondages donnent une avance de l’ordre de 8 points au candidat démocrate, il est intéressant de noter que du côté des paris en ligne les deux candidats sont aujourd’hui au coude à coude. Affaire à suivre… 

La guerre des batteries

Un nombre croissant d’acteurs entre sur le marché de la batterie. Le leadership de Tesla/Panasonic et son avance technologique a aiguisé les appétits et les craintes des concurrents qui s’organisent. La semaine passée, les groupes français Peugeot et Total ont signé l’accord du projet annoncé en janvier pour la création d’une co-entreprise de fabrication de batterie européenne avec le soutien financier de 1,3 milliards d’euros des états français et allemands. Les batteries sont un enjeu colossal qui touche tous les secteurs: véhicules électriques, appareils électroniques, smartphones, ordinateurs, santé, aérospatial, défense etc. Mais alors que la guerre porte essentiellement sur l’amélioration de leur autonomie basée sur la technologie lithium-ion, une start-up californienne et l’université de Bristol travaillent sur un nouveau concept révolutionnaire qui pourrait bien s’avérer disruptif pour le secteur. Une batterie fabriquée en recyclant le graphite des cuves de réacteurs nucléaires (carbone) pour en faire un diamant de synthèse (carbone aussi) dont la radioactivité génère, entre autres, un flux d’électrons servant de source de courant. 

Le tout encapsulé dans une fine couche de diamant synthétique non radioactif (ultra résistant). Résultat: une batterie ne nécessitant aucune recharge pour une durée de vie théorique de milliers d’années! La technologie pourrait être concurrentielle en termes de prix puisque la gestion des déchets nucléaires radioactifs, qui représente plus de 30 millions de mètres cube, est une épine dans le pied des exploitants du secteur nucléaire avec des coûts de près de 100 milliards. Ces derniers payeront donc cher pour s’en débarrasser.

Ne nécessitant aucune recharge durant sa durée de vie qui se compte en années, ne générant pas de déchets et permettant de recycler une partie des déchets radioactifs des centrales nucléaires, cette nouvelle batterie serait-elle la source d’énergie verte du futur? Le «proof of concept» a été réalisé avec succès à fin août. La technologie de fabrication du diamant synthétique n’est pas un obstacle puisqu’elle est maitrisée depuis les années 50. Le premier prototype de cette batterie révolutionnaire devrait être disponible d’ici la fin de l’année et une version commerciale attendue d’ici 2 ans. Un dossier à suivre de près mais qui vient une fois de plus expliquer la prime de risque qui pèse sur le secteur des constructeurs automobiles forcés de faire des choix technologiques coûteux de motorisation non-thermique sans savoir quelle technologie dominera à terme. 

*(Gérante discrétionnaire de la Banque Bonhôte & Cie)






 
 

AGEFI



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