Couper ou ne pas couper les taux?

mardi, 09.07.2019

Marché actions. La Réserve fédérale américaine pourrait ne pas céder à la pression des investisseurs.

Valentin Girard*

Le rapport sur l’emploi américain du mois de juin s’est avéré fort solide, bien au-dessus du consensus. Avec 224.000 nouvelles créations contre 160.000 attendues. On peut se demander si le chiffre est assez élevé pour que la Réserve fédérale américaine puisse respirer. Les craintes de récession diminuant, elle pourrait ne pas céder à la pression des investisseurs et d’un président Donald Trump impérieux, en maintenant son taux d’intervention inchangé (2,25-2%) lors de sa prochaine réunion (les 30 et 31 juillet). 

Donald Trump fait son Don Quichotte

En effet, le dynamisme de l’emploi, avec un rythme moyen d’embauches en 2019 (172.000 /mois) respectable même si inférieur à celui de 2018 (227.000/ mois), est de de bon augure pour les perspectives de consommation et de PIB américain. Les gains sont visibles sur l’ensemble des secteurs. Le taux de chômage a augmenté à 3,7% car plus de personnes recherchent un emploi, c’est plutôt bon signe. Pourtant, il s’avère que Donald Trump fait son Don Quichotte avec la guerre commerciale, puisque le déficit de la balance s’est en fait creusé. Avec la faiblesse de l’inflation mondiale ça pourrait favoriser une baisse de taux préventive, comme assurance. Qu’importe si c’est ce mois-ci ou plus tard. Suite au rapport sur l’emploi, le marché a quelque peu révisé ses attentes de coupes de taux par la banque centrale, mais elles restent hautes. 

La nomination de Christine Lagarde à la tête de la BCE paraît confirmer la direction vers encore plus d’assouplissement monétaire. Les investisseurs chercheront vraisemblablement quelques indices lors de l’allocution de Jerome Powell au Congrès sur la politique monétaire la semaine prochaine.

Une trêve fragile et sans détail

La détente concernant les tensions commerciales sino-américaines qui a suivi le G20 pourrait justifier des rendements obligataires plus élevés. Mais la perception que la trêve est fragile, avec peu de détails fournis par les chinois concernant les futurs achats de produits, maintient l’attractivité de la classe d’actifs. Concernant les marchés actions, les résultats de stress tests globalement positifs pour les institutions bancaires américaines ont contribué à l’orientation positive. Le secteur financier était notamment bien soutenu. 

D’un autre côté, les indicateurs manufacturiers affichant une faiblesse persistante (sous la barre des 50 un peu partout), avec une dépense d’investissement des entreprises qui fléchit, impactent négativement la demande mondiale de produits et la performance du secteur industriel.

Les marchés émergents et l’Empire du Milieu

Les marchés émergents ont sous-performé les marchés développés depuis le début de l’année. La zone a souffert du regain des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis et d’indicateurs économiques qui ne sont pas à la hauteur des attentes. 

Nous penchons pour un rattrapage des émergents en relatif dans cette deuxième partie de l’année. Le cocktail est aujourd’hui plus propice avec la possible résolution du conflit commercial, des taux d’intérêt très faibles et un dollar qui devrait rester stable.

Les résultats globaux des entreprises de l’indice MSCI Emerging Markets intègrent déjà en bonne partie un repli conjoncturel en Chine. Ceci devrait limiter toute baisse des cours des actifs à court terme et ouvre la voie à un rebond à mesure que la reprise s’installe. Une reprise en Chine s’accompagne généralement d’une hausse des performances des actions des pays émergents.

La Chine devrait accélérer ces émissions obligataires

Au sein de la zone, la Chine offre à nos yeux la meilleure opportunité. Le gouvernement chinois va continuer à mettre en place des mesures de soutien à l’économie pour maintenir une croissance de 6 à 6,5%. Avec un renforcement des mesures budgétaires qui incluent des allègements fiscaux, la reprise de l’investissement en infrastructure devrait se poursuivre. 

Le gouvernement chinois s’est engagé à soutenir l’émission d’obligations spéciales pour les gouvernements locaux pour faciliter le financement de grands projets. La Chine devrait accélérer ces émissions obligataires, qui devraient atteindre 300 milliards de yuans (43 milliards de dollars) en moyenne mensuellement, au cours des 3-4 prochains mois. 

D’un point de vue structurel, les actions A chinoises (qui étaient encore jusqu’à récemment réservées aux chinois résidents) devraient continuer à bénéficier de leur inclusion croissante au sein des indices de référence internationaux. A terme, les valeurs chinoises, en intégrant celles coté à Hong Kong et aux Etats-Unis, devraient représenter 45% de l’indice MSCI Emerging. Or, aujourd’hui une grande partie des intervenants financiers sous-pondèrent encore la Chine par rapport à son poids dans les marchés mondiaux.

*Gérant discrétionnaire à la Banque Bonhôte & Cie SA






 
 

AGEFI



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