La nécessité de laisser passer la tempête

lundi, 29.10.2018

Marché actions. Dans un environnement à court-terme fragile, il faut attendre avant de renforcer les positions.

Julien Staehli*

La prise en compte par le marché de nombreux risques, tels que le ralentissement de la croissance chinoise, la Réserve fédérale américaine (Fed) qui remonte ses taux ou les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, a entraîné un important repli boursier ce mois d’octobre.

Le rejet du budget 2019 italien par la Commission européenne, le déficit cible de 2.4% étant vu comme «une violation du pacte de solidarité et de croissance» a accentué le choc, d’autant que le gouvernement en place semble dépourvu de «plan B». Un élément rassurant est que l’agence S&P a confirmé la notation BBB de l’Italie tout en abaissant la perspective de stable à négatif. Le spread de crédit s’est ainsi resserré vers 300 points de base par rapport au bund allemand.

Rien d’exceptionnel

Au Brésil, le candidat du parti d’extrême-droite Jair Bolsonaro a remporté hier le deuxième tour de l’élection présidentielle en recueillant 55,1% des suffrages. La surperformance de la bourse brésilienne et du real montre qu’il a jusqu’ici le support des milieux financiers. 

Globalement, les actions ont chuté de près de 10% ce mois, avec une réminiscence de «Krach» pour certains. L’importante baisse enregistrée par la technologie et notamment les semi-conducteurs, souvent précurseurs, a déclenché une vague de prises de bénéfices dans les autres secteurs. Ce type de retournement n’a toutefois rien d’exceptionnel. Dans ce cycle haussier, il y a déjà eu six corrections de même amplitude. Le lien avec la politique de la Fed, la fin du «Quantitative easing» et la hausse des taux, n’est pas si évident. Son bilan a diminué de 26% du PIB en 2015 à 21% actuellement mais l’indice S&P500 s’est envolé de 40%, en tenant compte de la baisse récente.

Les résultats publiés par les sociétés, dans l’ensemble positifs, ont avivé des craintes par rapport à un resserrement des marges en 2019. Le taux de chômage très bas laisse en effet présager des tensions salariales avec une hausse des coûts. La bonne nouvelle est que l’économie américaine a moins ralenti que prévu au troisième trimestre, avec un PIB en progression de 3,5%, supporté notamment par la dépense publique. 

Dans ce contexte, il est préférable d’attendre avant de renforcer les positions actions car l’environnement à court-terme est fragile-émotif avec d’importants flux de sorties à la moindre déception. Se précipiter pour acheter les titres individuels considérés survendus peut alors s’avérer fort risqué. Mais dans une perspective 2019-2020, l’analyse de la situation nous semble plus rassurante car l’économie mondiale devrait continuer de croître.

Recommandations

Roche (ISIN: CH0012032048, prix: CHF 233.65)

Le marché suisse dans son ensemble termine une semaine chahutée. Nous sortons de la semaine la plus remplie de l’année en termes de publications de résultats, dans un marché très difficile, guidé par le sentiment. Dès lors peu de justification peut être trouvée dans la variation de la valorisation de certains titres d’un jour à l’autre. 

En se concentrant sur les fondamentaux de l’investissement à long terme, nous avons bien accueilli les résultats de Roche sur les neuf premiers mois de l’année. Nous avons également apprécié qu’il n’y ait pas eu de mauvaise surprise concernant l’érosion des ventes due à l’avancement des bio-similaires.

Nous conservons notre exposition sur le titre, que nous trouvons attractif en absolu et en relatif par rapport à Novartis. En effet, du côté technique, l’évolution du ratio des cours de Roche par rapport à Novartis témoigne d’un potentiel de hausse significatif de Roche par rapport à Novartis (plus de 5%). 

Ce titre fait partie de nos investissements en mandat.

Alphabet (ISIN: US02079K3059, prix: USD 1083.75)

La société a annoncé des résultats trimestriels solides, mais le ralentissement de la croissance du groupe inquiète le marché. Le chiffre d’affaires est ressorti en dessous des attentes. Le marché s’inquiète notamment de l’avenir de son cœur d’activité, un marché publicitaire incertain. Les coûts ont tendance à grimper. La part de revenus reversée à des partenaires comme Apple, pour qu’ils dirigent les internautes vers ses plateformes, ne cessent d’augmenter.

Pourtant, Alphabet, maison-mère du géant de la publicité peut se targuer d’avoir enregistré un chiffre d’affaires de plus de 33 milliards de dollars, soit une hausse de 21% sur 1 an. Le bénéfice trimestriel a lui bondi de 37% à près de 9,2 milliards de dollars et dépasse les anticipations des analystes. Le groupe continue d’investir, les dépenses d’investissement ont grimpé de 49% au cours du troisième trimestre à 5,2 milliards de dollars.

La croissance dans les services non publicitaires qui, outre le cloud, comprend par exemple la production et la vente de smartphones «Pixel», ou sa filiale Waymo qui travaille à la mise au point de la voiture autonome s’élève à près de 30%.

*Gérant discrétionnaire, Banque Bonhôte & Cie 






 
 

AGEFI



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