Les produits indiciels continuent de croître et de se diversifier

jeudi, 23.01.2020

Malgré un volume multiplié par cinq en dix ans, le marché des ETP n’a pas encore épuisé son potentiel de progression.

Laura Jalabert*

En moins de dix ans, le marché des produits indiciels a été multiplié par cinq sur le plan mondial. Partant d’un volume inférieur à 100 milliards de dollars au tournant du millénaire, les actifs placés dans les ETP, ou Exchange Traded Products, ont franchi le seuil des 1000 milliards en 2009 pour avoisiner les 4800 milliards à fin 2018. Après seulement neuf mois en 2019, la valeur totale des montants investis dans des ETP a encore grimpé à 5753 milliards. ETP est le terme générique qui désigne des produits financiers négociés sur des places boursières et qui servent généralement à répliquer la performance d’un indice ou d’une classe d’actifs. Les ETP incluent à la fois les fonds indiciels ou ETF (Exchange Traded Funds), les ETN (Exchange Traded Notes) basés sur des emprunts et des ETC (Exchange Traded Commodities) qui reflètent l’évolution de matières premières.
Le nombre d’instruments proposés ne cesse aussi d’augmenter: à fin septembre 2019, on dénombrait ainsi 8859 ETP sur le plan mondial, contre 6354 produits de ce type à fin décembre 2018. Dans le seul segment des ETF, il existait l’an dernier plus de 3150 produits indiciels uniquement en Europe, contre moins de 1200 à fin 2009, selon BlackRock Global Business Intelligence.
Même si l’essentiel des montants investis dans les ETP sont consacrés aux actions – soit près de 4400 milliards, comparé à 1122 milliards pour les obligations et seulement 238 milliards pour les matières premières et d’autres actifs -, la diversité des sous-jacents et des styles d’investissement pris en compte augmente, elle aussi, constamment.

Une palette d’instruments toujours plus large

La gamme toujours plus large des instruments mis à disposition des investisseurs est un facteur qui contribue aussi à accroître la popularité des produits indiciels. Cette évolution est, du reste, facilitée par l’augmentation constante du nombre d’indices qui peuvent servir de référence pour les émetteurs de tels produits. Les principaux fournisseurs d’indices proposent désormais près de 3,2 millions d’indices à travers le monde, selon des chiffres publiés par l’Index Industry Association (IIA), qui regroupe tous les plus grands fournisseurs d’indices au monde depuis 2012.

Frontières entre gestion passive et active estompées 

Autre tendance de fond: les produits indiciels ne se limitent plus à répliquer des indices mais certains d’entre eux intègrent désormais une dimension plus active dans leur approche de placement. Ainsi, les ETP de type «smart beta» – soit des produits qui poursuivent une stratégie de gestion passive améliorée en exploitant certains facteurs spécifiques de performance dans le but de battre l’indice de référence – ont constamment gagné en importance au cours des dernières années. Ces produits réunissaient des volumes de 561 milliards de dollars à fin septembre 2019, soit près du dixième du volume total des ETP. Parmi les produits indiciels de type «smart beta», les plus populaires sont actuellement ceux qui privilégient les titres à dividendes.

Eviter certains biais de construction

Les ETF sont employés non seulement dans un objectif de réduction des coûts mais aussi pour éviter certains biais de construction à l’intérieur des portefeuilles. Il est en effet indispensable d’évaluer un portefeuille dans son ensemble plutôt que les seuls éléments, comme des fonds de placement, qui le constituent. Il peut arriver que certains investisseurs sélectionnent des fonds actifs qui, individuellement, réalisent d’excellentes performances mais dont la performance d’ensemble finit par s’annuler.

Acheter des instruments réellement actifs

Résultat: l’investisseur obtient une performance d’ensemble qui ressemble beaucoup à celle de l’indice de référence – mais en payant des frais qui correspondent à ceux de la gestion active.
Plutôt que d’opposer gestion active et passive, le recours à des produits indiciels permet ainsi de libérer une partie du budget disponible réservé aux frais de gestion pour acquérir des produits véritablement actifs, qui sont davantage en adéquation avec la structure de son portefeuille et qui sont susceptibles de générer une performance supérieure à celle du marché ou de l’indice de référence sur le long terme.
En Suisse, les sommes placées dans les produits indiciels sont certes plus modestes en montants absolus mais la tendance va dans la même direction. En seulement cinq ans, les actifs investis dans les ETF en Suisse ont plus que doublé, passant de 74 milliards de francs à fin 2015 à 150 milliards en novembre 2019, selon les statistiques de Swiss Fund Data, une coentreprise de la Swiss Funds & Asset Management Association (Sfama) et de SIX. En termes d’apports d’argent, un nouveau record a été atteint en 2019: au cours des onze premiers mois de l’an dernier, les afflux de nouveaux fonds cumulés ont dépassé les 14,9 milliards de francs, comparé à près de 11,3 milliards de francs en 2017, année du précédent record.

* Head of ETF & Index Investments Sale Romandie & Ticino, Blackrock






 
 

AGEFI




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