Malgré les nuages en vue, l’alarmisme n’est pas de rigueur

jeudi, 06.06.2019

Claudine Amstein*

Certains experts agitent le spectre d’une récession, sur fond de Brexit qui s’éternise et de guerres commerciales initiées tous azimuts par Donald Trump. Les perspectives économiques ne sont toutefois pas si mauvaises: si la croissance diminue, elle reste positive.

«Le spectre de la récession revient», «Les craintes de récession font plonger les taux», «L’inversion de la courbe des taux annonce une récession»: en ce début de semaine, les médias ont rivalisé de formules chocs pour annoncer une crise mondiale imminente. Il est vrai que le climat économique est pour le moins agité: les Britanniques n’en finissent plus de ne pas mener à bien leur Brexit, alors que le président américain, Donald Trump, ouvre des conflits commerciaux aussi aisément que son compte Twitter. Ces facteurs d’instabilité ne sont pas bons pour l’économie, qui a horreur de l’incertitude. C’est ainsi que l’OCDE entrevoit un infléchissement de la croissance dans la zone euro.

L’institut CREA d’économie appliquée de l’Université de Lausanne a publié la semaine dernière un résumé des prévisions pour l’économie suisse. Pour ses experts, «c’est avant tout l’évolution conjoncturelle internationale qui plombe un peu le moral des entreprises…» CREA pronostique ainsi un repli de la croissance cette année (1,4%), avant une accélération modeste en 2020 (1,9%) et plus forte en 2021 (2,3%). «Cette évolution négative ne devrait pas perdurer longtemps, souligne CREA, comme en témoigne, entre autres, le sous-indice de l’emploi qui se trouve toujours dans la zone de croissance, indiquant que les entreprises restent confiantes et continuent à embaucher.»

L’alarmisme n’est donc pas de mise, même s’il convient de rester vigilant face aux développements à venir. Une croissance, même provisoirement en baisse, reste positive. La faîtière economiesuisse a d’ailleurs fait savoir cette semaine qu’elle tablait sur une croissance de 1,4% du produit intérieur brut (PIB) pour 2019 et de 1,2% en 2020. «Le chômage reste faible, mais ne poursuit pas sa baisse», ajoute-t-elle. A ce propos, il est intéressant de noter que le dernier Baromètre des préoccupations de l’institut gfs.bern et de Credit Suisse, qui prends le pouls de la population depuis vingt-cinq ans, a vu le chômage relégué au sixième rang des inquiétudes, une première depuis 1997.

Désormais, la prévoyance vieillesse est la première source de préoccupation des Suisses, devant la santé/assurance maladie. Suivent les problématiques des étrangers, de l’asile, et de la protection de l’environnement. Le chômage a ainsi accusé un recul substantiel de 22 points de pourcentage en une année. Les trois quarts des sondés jugent peu probable que leur emploi soit remplacé par des robots, de nouvelles technologies ou des logiciels intelligents dans les vingt prochaines années.

Cette foi en l’avenir trouve partiellement son origine dans la remarquable résilience dont fait preuve l’économie de notre pays depuis de nombreuses années, en particulier dans le canton de Vaud. La dernière enquête conjoncturelle de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie confirme cette faculté puisque la grande majorité de ses entreprises membres (83%) prévoient un chiffre d’affaires stable ou en hausse, alors que les effectifs devraient continuer à augmenter légèrement. 

Devant ces perspectives somme toute encourageantes, il serait toutefois périlleux de s’endormir sur nos lauriers. Le renchérissement du franc pourrait amener des nuages dans l’azur de notre économie. Les réformes doivent se poursuivre sans relâche. Il est notamment capital de veiller à ce que les talents de demain continuent de bénéficier d’une formation de haute volée. Il en va de notre prospérité.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie






 
 

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