Super Mario est en bout de course!

mardi, 17.09.2019

Malgré l’adoption de nouvelles mesures de relance par la BCE, les obligations gouvernementales de première qualité ont à nouveau perdu du terrain sur la semaine écoulée.

David Duran*

Les investisseurs l’attendaient au tournant et ils n’ont pas étés trop déçus: jeudi dernier, lors de son avant-dernière conférence de presse de politique monétaire, Mario Draghi a annoncé un abaissement du taux de dépôt de -0,40% à -0,50% ainsi qu’une reprise des achats d’actifs à un rythme mensuel de 20 milliards d’euros à partir du 1er novembre et «aussi longtemps que nécessaire»!

Le Conseil des gouverneurs a également pris deux mesures visant à favoriser le secteur bancaire. D’une part, il a introduit un système de rémunération des réserves à deux paliers en vue d’exempter du taux négatif une partie des liquidités placées par les banques commerciales auprès de la BCE. D’autre part, il a amélioré les conditions d’emprunt lors des opérations de refinancement à plus long terme ciblées (TLTRO III) en vue de stimuler l’octroi de crédit bancaire.

Toutes ces décisions n’ont pas fait l’unanimité au sein du conseil. Les gouverneurs allemand et français voient d’un mauvais œil la reprise des achats d’obligations étatiques et plusieurs banquiers centraux doutent désormais de l’efficacité des politiques de taux zéro ou négatifs et des programmes de QE pour relancer la croissance et se mettre à l’abri de la déflation.

Cet aveu d’impuissance se reflète implicitement dans l’appel aux gouvernements à mettre en œuvre des politiques structurelles visant à affermir la productivité et maintenir, voire accroître, une orientation budgétaire expansionniste pour les pays disposant d’une marge de manœuvre en matière de finances publiques.

Ironiquement, la courbe des rendements des obligations gouvernementales allemandes s’est tendue après toutes ces annonces d’assouplissement. Il est vrai que les annonces étaient déjà largement intégrées dans les valorisations et que le geste de la BCE a accentué la phase «risk on» qui prédomine sur les marchés depuis le début du mois. Ainsi, les rendements des obligations gouvernementales italiennes ont enregistré une nouvelle détente et la prime de risque à 10 ans de la Péninsule s’est réduite de plus de 10 points de base jeudi dernier.

Un accord commercial «intérimaire» 

La poursuite du rallye des actifs risqués est avant tout alimentée par l’apaisement des relations sino-américaines. La semaine dernière, plusieurs gestes de bonne volonté ont émané de part et d’autre. Donald Trump a différé du 1er au 15 octobre une hausse des droits de douane de 25% à 30% sur 250 millions de dollars d’importations chinoises. Il s’est également dit prêt à conclure un accord commercial «intérimaire» avec la Chine dans l’attente d’obtenir un accord global. Du côté de Pékin, on a répondu à cette attitude conciliante par des exemptions de surtaxes douanières sur certains produits agricoles importés des Etats-Unis, tels que le soja et le porc.

Chine et Etats-Unis connaissent un ralentissement économique incontestable et désirent surement éviter une escalade dans leur guerre commerciale qui les conduirait probablement à la récession. S’il parait illusoire d’espérer une résolution du conflit, l’enlisement semble trop risqué pour les deux parties qui pourraient plutôt s’accorder sur une trêve temporaire.

Cet environnement plus paisible a conduit le rendement du T-Note à 10 ans aux alentours des niveaux qui prévalaient début août, lorsque Donald Trump avait fougueusement annoncé de nouveaux droits de douane contre la Chine et provoqué une brutale chute des indices boursiers. Si un dérapage reste possible à tout moment, le ton plus conciliant du Président couplé à une série d’indicateurs économiques rassurants a diminué l’attrait des actifs les plus sûrs.

Ces derniers jours, des ventes au détail en hausse en août (0,4% mensuel, 4,1% annuel), un redressement de la confiance des consommateurs en septembre (92 après 89,8 en août d’après l’enquête de l’université du Michigan) et une bonne tenue de l’inflation des prix à la consommation en août (1,7% sur l’indice phare et 2,4% pour l’indice excluant énergie et alimentation) ont confirmé que le ralentissement de la croissance américaine n’est pas trop sévère.

Les marchés financiers tablent toujours sur une baisse de taux de 0,25% par la Fed aujourd’hui, du type préventif. Les gouverneurs de la Fed devraient répondre à cette attente mais les dissensions observées à la précédente réunion du FOMC suggèrent que les débats seront acharnés. Ils chercheront en tous les cas à maintenir l’indépendance de la banque centrale vis-à-vis de la Maison Blanche. Le président réclame désormais des taux nuls ou négatifs afin de faciliter le financement d’un déficit budgétaire dépassant les 1000 milliards de dollars sur les onze premiers mois de l’année fiscale s’achevant le 30 septembre.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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