Malgré la géopolitique, de belles perspectives de croissance

jeudi, 19.07.2018

Philippe G. Müller*

Même si les nouvelles négatives concernant le durcissement de la guerre commerciale et les autres foyers de risque géopolitique prédominent actuellement dans les gros titres, les chiffres économiques indiquent un tableau globalement positif pour la Suisse. 

Pour l’année en cours, UBS table sur une croissance économique réelle de 2,4%. Le principal argument justifiant cet optimisme est la nette dépréciation du franc suisse face à l’euro durant les derniers trimestres. La deuxième raison est la bonne conjoncture mondiale. L’économie suisse devrait donc garder son dynamisme au second semestre, ce qui se traduira principalement par des exportations solides et des dépenses d’équipement dynamiques.

L’inflation ne constitue toujours pas un danger sérieux: elle devrait s’établir à 0,8% pour l’année en cours et à 0,9% en 2019. La situation géopolitique fragile au Proche-Orient devrait maintenir les prix du pétrole à un niveau élevé durant les prochains trimestres et, ajoutée à la faiblesse du franc, stimuler l’inflation en Suisse. 

Après près de dix ans de surévaluation du franc suisse, on peut prévoir un retour à son juste cours dans les prochains trimestres. Cela dit, la compétitivité internationale diffère fortement entre les secteurs d’activité et, donc aussi, le niveau pouvant être considéré comme le juste taux de change du franc. 

Si le franc est à sa juste valeur pour les exportateurs compétitifs, il reste nettement surévalué pour certains secteurs de l’activité domestique. C’est notamment le cas pour les secteurs qui se voient de plus en plus exposés à la concurrence étrangère, tels le commerce de détail, le tourisme d’achat et la vente en ligne.

Recrudescence des risques sur la scène internationale

Ce tableau globalement positif est néanmoins troublé par la recrudescence des risques sur la scène internationale. Parmi ceux-ci, le ralentissement conjoncturel dans la zone euro, le protectionnisme commercial des Etats-Unis et la politique budgétaire du nouveau gouvernement italien. 

Les Etats-Unis sont le deuxième partenaire commercial de l’industrie suisse. Avec une part de 54%, le secteur pharmaceutique est le principal exportateur. Comme, pour le moment, les mesures protectionnistes américaines se cantonnent à quelques secteurs et régions, les effets sur l’économie helvète sont encore marginaux. Mais si le conflit venait à s’envenimer, notamment en termes de droits de douane sur les automobiles européennes, la Suisse, petite économie très ouverte, en souffrirait indirectement.

Légère appréciation du franc suisse face à l’euro

Tout cela a conduit la Banque centrale européenne (BCE) à adopter une attitude plus prudente et a entraîné dernièrement une légère appréciation du franc suisse face à l’euro. Par conséquent, la Banque nationale suisse (BNS) devrait se montrer encore plus circonspecte ces prochains trimestres dans la normalisation de sa politique monétaire. 

Il est peu probable que les taux d’intérêt n’augmentent en Suisse avant septembre 2019 (de -0,75% à -0,50%), à condition toutefois que la BCE initie le mouvement. Il y a peu de chance que les taux de la BNS reviennent en territoire positif avant 2020.

*Economiste responsable pour la Suisse romande CIO GWM UBS






 
 

AGEFI




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