Regain d’appétit pour le risque

mercredi, 07.11.2018

Malgré la correction des actions au mois d’octobre, la Fed ne devrait pas dévier de la trajectoire annoncée des taux.

Axel Botte*

L’économie US affiche un taux de croissance de 3,5% au troisième trimestre selon les premières estimations. 

Les enquêtes d’octobre laissent présager un ralentissement contenu. Le taux de chômage se situe à 3,7% de la population active, soit environ un point sous le niveau jugé incompressible à long terme par les membres de la Fed. 

Le marché du travail ne montre aucun signe d’affaiblissement. Les créations nettes d’emplois s’élèvent à 250.000 en octobre et les salaires progressent. En outre, les prix à la consommation (2% en septembre) progressent en ligne avec l’objectif de la Banque Centrale.

Dans ce contexte, la Fed ne devrait pas dévier de la trajectoire annoncée des taux d’intérêt malgré la correction des actions au mois d’octobre. En mars dernier, Jerome Powell avait comme prévu relevé les Fed Funds de 25 points de base ignorant ainsi l’épisode de forte volatilité boursière entre fin janvier et février. Le FOMC d’aujourd’hui apparait donc sans surprise. Une prochaine hausse des taux interviendra en décembre. 

Le communiqué insistera sur la croissance élevée mais devrait pointer la dynamique moins porteuse de l’investissement des entreprises et du logement.

Par ailleurs, le modèle de croissance américain, très dépendant de l’accès au crédit, apparait vulnérable. L’ancienne présidente de la Fed Janet Yellen s’inquiète publiquement de l’assouplissement des conditions de prêts bancaires à risque (leveraged loans). De nombreuses faiblesses sont apparues dans le système financier mais la Fed a récemment décidé d’alléger la pression réglementaire sur les institutions de taille intermédiaire. 

Le fait que les banques soient bien capitalisées aujourd’hui est sans doute un atout, mais une part importante de ces dettes est revendue via les canaux de titrisation. Aussi, le problème ne se limite pas aux risques que les banques assument, il convient de tenir compte des risques qu’elles reportent sur l’ensemble du système financier.

Reprise de risque sur les marchés américains?

En termes de stratégie, la chute des actions s’est estompée en fin de mois.

La clôture d’exercice favorise souvent les prises de profit, et donc des rachats au cours des dernières séances d’octobre. Le retour des programmes de rachats d’actions contribue aussi à cette stabilisation. 

Entre avril et septembre, les entreprises américaines sont intervenues sur leurs propres titres à hauteur de quelque 400 milliards de dollars. 

Le changement de sentiment était palpable la semaine passée: les actions des services publics sont délaissées au profit des valeurs cycliques (industrie, con­sommation discrétionnaire ressources de base).

En outre, un Congrès divisé à l’issue des élections de mi-mandat va sans doute réduire la portée des politiques protectionnistes, qui ont largement soutenu le dollar. Le billet vert a joué son rôle de valeur refuge durant la correction d’octobre mais les déséquilibres externes empêchent une plus forte revalorisation.

Le tour de vis monétaire à venir entretient un environnement haussier à terme sur les taux américains, d’autant qu’un mouvement en décembre n’est pas totalement intégré dans les cours.

Cependant, l’ISM des services s’est légèrement tassé en octobre et les prix à la production devraient se modérer. En outre, nos modèles indiquent une valeur d’équilibre du T-note en baisse à 3,13% en novembre. Cela nous incite à racheter le T-note autour de 3,20% à un horizon de court terme.

*Stratégiste, Ostrum AM






 
 

AGEFI



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