Kühne+Nagel: la blockchain accélère non seulement les processus de paiement mais réduit aussi les durées de fret

mercredi, 05.06.2019

Mais cette technologie a aussi ses limites. Les coûts de transactions potentiellement plus élevés doivent alors être compensés par d'autres avantages.

Piotr Kaczor

Martin Kolbe, le CIO du géant schwytzois prône l'approche expérimentale des technologies.

«L’expérimentation des technologies importe bien plus que la participation à de nombreux exposés sur le sujet. Chez Kühne+Nagel, l’idée consiste plutôt à se lancer dans les applications. Ce qui est peut-être plus aisé pour nous. Dans la mesure où nous avons souvent procédé à des développements en misant sur nos propres compétences» a déclaré Martin Kolbe, le responsable de l’information (CIO ou Chief Information Officer) du groupe de logistique schwytzois Kühne+Nagel, dans le cadre du Forum Blockchain mis sur pied par Finanz & Wirtschaft mercredi à Rüschlikon, sur les hauteurs du Lac de Zurich. Un forum qui a permis aux participants de découvrir les avantages procurés par la blockchain mais aussi les difficultés et les défis posés par l’application de cette technologie par plusieurs entreprises.

Plus de 80'000 employés

Avec plus de 80'000 employé(e)s, Kühne+Nagel est l’une des plus grandes entreprises de logistique au monde, leader mondial du fret maritime, et dispose de deux grands centres IT à Hambourg et en Estonie. Une compétence logicielle que le groupe schwytzois a été amené à développer pour prendre la mesure du manque de logiciels standardisés dans l’industrie logistique, ainsi que l’a souligné le CIO. D’autant que «le génie logiciel constitue un levier majeur de la création de valeur dans notre industrie, dans la mesure où il sert de support aux processus». La gestion des données relatives aux transactions, aux exigences légales et aux couvertures d’assurance fait ainsi partie intégrante de ce métier emblématique de l’économie mondiale et des échanges qui président à son développement.

Données peu standardisées dans l'industrie du fret

Si l’industrie du transport de marchandises, du fret maritime, aérien et terrestre a fait l’objet de processus de standardisation impressionnants depuis l’utilisation des containers, le secteur est encore lié à des processus très discontinus ou disruptifs, en raison du manque de standardisation des données et de leur circulation. «La gestion des containers tout au long des processus de transport est marquée par nombre d’interruptions des moyens de communication des données relatives aux transactions communiquées par les clients: fax, téléphone, courriel, SMS» rappelle le spécialiste. Alors que ces données doivent être communiquées de manière synchrone avec le transport, jusqu’aux documents requis pour les assurances.

La technologie ne pose pas de problème

Dans l’application de la Blockchain, le problème ne réside pas dans la technologie. Nous avons rapidement pu trouver avec nos partenaires les moyens de mettre cela en pratique. Le véritable défi réside dans l’obtention d’un contexte productif, soit dans la formulation des contrats, accords et covenants correspondant avec nos principaux partenaires, afin que les données puissent circuler dans un environnement concret et sécurisé au sein de ce consortium. C’est là la condition pour l’obtention d’avantages économiques, de synergies de coûts et de gains d’efficacité selon le CIO :

S’appuyant sur l’exemple des connaissements ou bons de fret (bill of lading) qui attestent le chargement effectif des biens dans les containers, ou sur les bateaux, et qui ont souvent été source de retards dans le passé, Martin Kolbe assure que la technologie de la blockchain n’a pas posée de problèmes non plus pour réunir les parties concernées. «Nous avons mis cela en place de manière exemplaire et avons pu montrer avec les premiers déroulements exhaustifs du transport depuis la Chine vers le Danemark que l’application de cette technologie se traduit par d’énormes avantages qui permettent non seulement d’accélérer considérablement les processus de paiements mais aussi la durée des transports».

Modularité démontrée

Autre exemple d’application réussie de la blockchain, au niveau des exigences réglementaires relatives à la Masse Brute Vérifiée (MBV) autrement dit du poids des containers (VGM en anglais). Ces exigences doivent prendre en compte les variations de poids susceptibles de se produire en cours de transport, par exemple par assèchement de denrées ou d’ajouts. Un processus qui, par le passé, était lié à des documents papier aux différentes étapes du processus. Kühne+Nagel a même créé, il y a deux ans, un portail dédié à cette procédure MBV pour permettre à ses clients de répondre rapidement aux exigences légales et réglementaires à ce sujet, à la faveur de procédures standardisées mises à disposition par le biais d’applis. A cet égard, le transitaire estime même avoir a pu démontrer la modularité de son application de la Blockchain, avec un volume de 800'000 transactions par mois. «Le processus a été amélioré, y compris au niveau de la sécurité, et il n’est plus lié aux documents papiers pour les clients et pour les collaborateurs».

Applications sélectives possibles

Le tout a été développé sur une plateforme open source Hyperledge Fabric par les collaborateurs du groupe au niveau de la programmation, avec des renforts externes. Pour Martin Kolbe, une chose est par conséquent sûre : «la blockchain facilite un échange de données sûr entre partenaires. Sans qu’il soit nécessaire d’insérer d’emblée des chaines de processus intégrales dans la chaîne logistique en misant exhaustivement sur la blockchain. Des processus partiels peuvent aussi être automatisés. Mais comme les coûts des transactions par Blockchain sont nettement plus élevés, d’autres avantages doivent être visés, en matière de sécurité et d’efficacité opérationnelle notamment. L’opération a aussi été un moyen de se familiariser avec la technologie et d’en appréhender les limites. Ainsi, il n’est plus question de faire migrer l’intégralité des échanges de données avec les partenaires dans la blockchain, s’agissant en particulier des procédures qui fonctionnent bien. De ce fait, pour Martin Kolbe, «les applications privilégiées dans la blockchain doivent se rapporter à des paiements ou à des actes juridiquement contraignants. Ainsi considérée, la blockchain dispose du potentiel d’accélérer non seulement les processus de paiements et de sécuriser des financements de transport, mais aussi et surtout de réduire les durées de transport dans l’industrie du fret. A condition que l’industrie ne relâche ses efforts au niveau de la standardisation.






 
 

AGEFI



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