La BNS face à la volatilité du cycle économique

jeudi, 18.06.2020

Maintenir le taux de la Banque nationale suisse à -0,75% était une décision de dernier recours en cas d’inefficacité des interventions de change. Or, celles-ci ont atteint plus de 95 milliards de francs.

Arthur Jurus*

Arthur Jurus.

La politique monétaire de la Banque nationale suisse est restée inchangée ce jeudi. L’institution monétaire a maintenu le taux directeur, réitéré sa disposition à intervenir sur le marché des changes, et à favoriser le refinancement des banques commerciales pour soutenir l’économie.

Maintenir le taux BNS à -0,75% était une décision de dernier recours en cas d’inefficacité des interventions de change. Or, celles-ci ont atteint plus de 95 milliards de francs en 2020. Des niveaux significatifs mais suffisants pour éviter une trop forte appréciation du franc tout en évitant d’appliquer un taux plus pénalisant pour le système bancaire.

Surtout, la crise de 2020 nous a enseigné que l’utilité d’une baisse du taux aurait été limitée. D'une part, les différentiels de taux n’ont eu qu’une influence réduite sur l’évolution des monnaies. Par exemple, la baisse de 175 points de base du taux de la Réserve fédérale américaine n’a que peu pesé sur l’évolution du dollar fortement recherché face au choc de liquidité.

D’autre part, la stabilité financière est devenue prioritaire pour les banques centrales. Au même titre que la BNS, la BCE n’a pas modifié son taux directeur pour limiter l’impact négatif sur la profitabilité des banques européennes. Au contraire, les opérations d’apport de liquidités se sont multipliées, par des volumes accordés plus importants et des conditions toujours plus avantageuses. Celles-ci ont porté leur fruit puisque la croissance du crédit en Suisse a poursuivi sa progression sur l’ensemble du premier trimestre.

Il n’en demeure pas moins que les taux négatifs se sont durablement installés en tant que contrainte pour les banques suisses. Les attentes de la BNS concernant une récession de 6% en 2020 rendent improbables une normalisation du taux directeur. La poursuite de la déflation jusqu'en 2022 est une prévision presque conservatrice. Le scénario le plus probable sera une nouvelle vague d’interventions sur le marché des changes pour éviter une appréciation encore plus rapide du franc. Celle-ci sera alimentée par la hausse de la volatilité de la croissance économique. Un facteur nouveau pour Thomas Jordan qui pèsera sur la politique monétaire suisse au second semestre.

* Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI



...