L'Europe en "situation critique", les 27 cherchent un sursaut

vendredi, 16.09.2016

L'UE est plongée dans une "situation critique" et menacée de "dislocation", ont mis en garde vendredi l'Allemagne et la France, lors d'un sommet européen à Bratislava.

"Nous sommes dans une situation critique", a prévenu la chancelière allemande, Angela Merkel. - (Reuters)

L'UE est plongée dans une "situation critique" et menacée de "dislocation", ont mis en garde vendredi l'Allemagne et la France, lors d'un sommet européen à Bratislava, censé tracer les contours de l'Europe sans les Britanniques.

Réunis dans un château perché sur une colline surplombant le Danube, les 27 veulent s'entendre sur un agenda de relance du projet européen, alors que les appels à serrer les rangs se heurtent à des divergences profondes.

"Nous sommes dans une situation critique", a prévenu la chancelière allemande, Angela Merkel. Il faut "montrer par nos actions que nous pouvons faire mieux", a-t-elle exhorté, citant comme priorités la sécurité, la lutte contre le terrorisme et la défense.

Même gravité affichée du côté du président français François Hollande. "Soit c'est la dislocation, soit c'est la dilution, soit c'est au contraire la volonté commune de donner un projet à l'Europe. C'est ce que j'appelle la nouvelle impulsion", a-t-il lancé.

Sous pression, les dirigeants européens doivent avoir "une discussion très honnête sur l'état dans lequel se trouve l'UE", a assuré l'hôte de la rencontre, le Premier ministre slovaque Robert Fico, fixant comme objectif de parvenir vendredi à "une feuille de route" pour les six prochains mois.

L'un des sujets majeurs, poussé par le couple franco-allemand, est la relance de la défense européenne, que tous les pays semblent désormais appeler de leur voeux.

La France "fait l'effort principal pour la défense européenne", mais "elle ne peut pas être seule", a prévenu M. Hollande, estimant que "si les Etats-Unis font un choix de s'éloigner, l'Europe doit être capable de se défendre par elle-même".

QG unique


Paris et Berlin ont décidé d'exposer à Bratislava une initiative commune pour déclencher des opérations extérieures de l'UE plus facilement et obtenir davantage de financements européens.

Le départ du Royaume-Uni, qui a toujours privilégié le cadre de l'Otan, offre une chance d'avancer sur ce thème, soulignent des sources diplomatiques, dans un contexte où l'Europe est cernée par les crises, les guerres et le terrorisme.

La Commission européenne propose notamment des "ressources militaires communes", "un quartier-général unique" et la création "avant la fin de l'année" d'un fonds européen pour stimuler la recherche et l'innovation dans l'industrie de la défense.

"Pour l'instant, il n'y a pas d'état-major opérationnel, mais seulement un comité militaire des 28", rappelle une source diplomatique française.

Egalement dans le domaine de la sécurité, le renforcement de la protection des frontières extérieures de l'UE fait désormais l'objet d'un consensus.

"En famille"


Si les négociations du divorce avec Londres ne sont pas à l'agenda de leur rencontre, les dirigeants européens aborderont le sujet au déjeuner lors d'une croisière sur le Danube, dont le niveau trop bas les a privés d'une partie du programme culturel.

Ils devraient réaffirmer la position collective des 27 de n'engager aucune négociation avec les Britanniques tant que ceux-ci n'auront pas enclencher la procédure.

Mais Bratislava pourra difficilement faire oublier toutes leurs autres divergences. "Jamais encore, je n'avais vu une telle fragmentation, et aussi peu de convergence dans notre Union", a admis mercredi M. Juncker devant les eurodéputés.

Des sujets comme les travailleurs détachés ou la répartition des réfugiés dans l'UE restent hautement conflictuels.

Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque), parmi les plus contestataires des projets européens d'accueil de réfugiés, estiment qu'il faut revoir le fonctionnement d'une Union trop dominée par certains grands pays.

Des pays comme la Grèce, la France et l'Italie, réunis à Athènes la semaine dernière, mettent eux en avant le partage de la charge migratoire ou le desserrement de l'austérité budgétaire.

Le récent appel du chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn à exclure la Hongrie de l'UE pour violation de ses valeurs fondamentales a aussi illustré les fissures du bloc.

"Ce n'est pas une position de mon gouvernement", a tempéré vendredi à Bratislava le chef du gouvernement luxembourgeois, Xavier Bettel. "On est autour d'une table, on est en famille, on discute les problèmes en famille, on essaie de trouver des solutions".

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a lui demandé "de traiter les Hongrois avec du respect", à l'issue d'une rencontre avec le président du Parlement européen, Martin Schulz, très critique à son égard.

"Nous initions un processus" à Bratislava, a insisté un responsable européen, pour mieux souligner qu'il ne fallait pas trop attendre de cette réunion informelle, organisée inhabituellement hors de Bruxelles.

C'est vers un autre sommet, prévu à Rome en mars 2017 à l'occasion des 60 ans du traité fondateur de la construction européenne, que sont renvoyées les grandes décisions. - (awp)


 

 
 



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