L’ouverture est indissociable du succès suisse

jeudi, 19.09.2019

Stéphanie Ruegsegger*

Stéphanie Ruegsegger

Les Chambres fédérales, réunies en session d’automne, doivent se prononcer sur l’initiative dite de limitation, qui prône la fin de l’accord sur la libre circulation des personnes, et par conséquent de l’ensemble des accords bilatéraux I. Si l’issue du vote ne fait guère de doute (tous les partis la rejetant à l’exception de l’UDC qui en est à l’origine), il donne l’occasion de faire le point sur l’immigration en Suisse.

La Suisse a longtemps été une terre d’émigration, faute, pour ses habitants, d’y trouver de quoi vivre. La Suisse n’a donc pas toujours été ce pays prospère aux salaires élevés et au faible taux de chômage que nous connaissons aujourd’hui. Le virage s’est amorcé il y a un siècle environ; une éternité aux yeux des générations actuelles mais une seconde en regard de l’histoire. A cette époque, plus d’un Suisse sur quatre travaillait dans l’agriculture et près de la moitié dans l’industrie, pour fabriquer des produits en grande partie exportés. L’ouverture servait donc déjà son économie.

Le phénomène s’est accentué après la deuxième Guerre mondiale, qui a largement épargné la Suisse. Son économie a pris le pas sur celle de ses voisins grâce à des outils de production préservés. Pour répondre aux besoins de l’économie que la main-d’œuvre indigène ne pouvait absorber, elle a fait appel à de nombreux travailleurs étrangers.

Si le profil de l’économie et les conditions cadre politiques ont changé au cours des décennies, certaines de ses constantes demeurent néanmoins. La Suisse, petit pays, ne dispose pas d’un grand marché domestique. Pour survivre économiquement, il doit produire et exporter des biens à haute valeur ajoutée, qui nécessitent une main-d’œuvre qualifiée. La courbe de l’immigration suit assez fidèlement celle de la conjoncture: les étrangers y viennent avant tout pour y travailler et repartent lorsque la conjoncture recule.

Le débat actuel porte sur le solde migratoire (soit la différence entre les entrées – immigration – et les sorties – émigration –), au motif que la Suisse ne maîtriserait pas son immigration. Au-delà du slogan de campagne, il y a un fait: le solde migratoire a diminué de manière sensible au cours des dernières années. Entre 2008 et 2018, il a globalement reculé de 44,7%, et même de 57,8% pour les ressortissants UE/AELE. L’embellie économique de certains pays de provenance peut expliquer ce reflux. D’autres facteurs sont également à prendre en compte, comme la baisse de l’attractivité de la Suisse. Partant, il y a plus efficace pour donner envie aux travailleurs qualifiés de la choisir que des initiatives du type de celle dont il est question.

A l’heure où la Suisse s’apprête à faire face à une pénurie de main-d’œuvre liée aux départs à la retraite des premiers baby-boomers, ce recul du solde migratoire n’est pas une bonne nouvelle. Car si les entreprises ne peuvent trouver en Suisse la main-d’œuvre qui leur fait défaut, elles développeront leurs activités ailleurs. Le pays n’a donc rien à gagner d’une telle situation.

* FER






 
 

AGEFI




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