Le paradoxe japonais et le cycle industriel mondial

jeudi, 25.04.2019

Lorsque le cycle industriel mondial commencera à se redresser, les actions nippones devraient se revaloriser fortement.

François-Xavier Chauchat*

La politique monétaire américaine étant clarifiée, les perspectives pour les actions deviennent plus dépendantes du cycle économique que des politiques monétaires. Pour l’instant, la tendance à l’oeuvre depuis début 2018 semble se poursuivre, avec un ralentissement global de nature essentiellement industrielle.

À cet égard, ce cycle présente des similitudes avec celui de 2015, lorsqu’un net ralentissement chinois entraînait un repli de l’activité mondiale fortement concentré sur quelques secteurs. À cette époque, le secteur des matières premières s’était effondré. Aujourd’hui, les grands perdants sont les entreprises et les pays les plus sensibles au commerce mondial et aux secteurs de l’automobile et des semi-conducteurs. En 2015, le Brésil, la Russie et l’Indonésie entraient en récession. En 2018 et au début de 2019, les principales victimes sont l’Allemagne, le Japon, la Corée et Taiwan.

Après 15 mois de ralentissement industriel mondial, une reprise est attendue. Si, après une année 2018 exceptionnelle, la demande interne américaine pourrait se modérer en 2019, de nombreux facteurs de soutien devraient jouer. La Chine stimule depuis plusieurs mois son économie, et les ajustements de stocks dans les secteurs de l’automobile et des semi-conducteurs sont maintenant bien avancés. Des politiques monétaires et parfois budgétaires plus accommodantes aideront aussi, ainsi que la poursuite des gains de pouvoir d’achat dans la plupart des économies. 

En supposant que l’issue des négociations sur le Brexit et sur le commerce ne provoque pas de nouvelles perturbations majeures, le creux du cycle industriel mondial devrait être assez proche. Les investisseurs vont certes rester nerveux tant que les preuves d’une reprise resteront absentes, mais l’attitude accommodante des banques centrales devrait pouvoir contribuer à calmer les impatiences.

Si ce scénario se réalise, les marchés des actions les plus cycliques se redresseront nettement, au détriment des valeurs défensives. De ce point de vue, le Japon retient particulièrement l’attention. Avec un PER médian de 12, hors financières, le marché japonais est devenu de loin le moins cher de tous les marchés développés. Le cas japonais contredit une croyance très enracinée, selon laquelle la valorisation des actions serait maintenue artificiellement élevée par les politiques monétaires non-orthodoxes. Comment donc les actions japonaises peuvent-elles être si bon marché alors que la Banque du Japon poursuit sa politique d’achats massifs et figure désormais parmi les 10 premiers actionnaires de 40% des sociétés japonaises cotées en Bourse? 

L’une des raisons clés de la sous-évaluation record des actions japonaises est que ce marché est beaucoup plus riche que les autres en sociétés industrielles. La déprime boursière japonaise en dit donc très long sur le niveau extrême d’angoisse des investisseurs à propos du cycle industriel et commercial. Certes, le Japon devrait augmenter son taux de TVA en octobre, ce qui pèse probablement sur le marché, mais ceci ne peut expliquer pourquoi les grands exportateurs nippons se négocient à seulement 10 fois leurs bénéfices prévisionnels. Avec d’autres valeurs cycliques en Europe et en Asie, ces actions devraient se revaloriser fortement lorsque le cycle industriel mondial commencera à se redresser, voire avant si un accord commercial entre les USA et la Chine est conclu.

*Chef économiste, Dorval AM






 
 

AGEFI



...