La BCE devrait temporiser face une rentrée compliquée

jeudi, 10.09.2020

Lors de sa réunion de rentrée sur la politique monétaire ce jeudi, la Banque centrale européenne devrait prendre de nouvelles mesures de soutien.

La BCE pourrait en conséquence améliorer légèrement sa prévision de PIB pour cette année.(Keystone)

Face à une économie en zone euro encore minée par la pandémie du Covid-19, la Banque centrale européenne devrait envoyer jeudi un signal en vue de nouvelles mesures de soutien.

Lors de sa réunion de rentrée sur la politique monétaire, tenue à nouveau en mode virtuel, l'institution de Francfort, qui a déjà dégainé un programme d'urgence de 1.350 milliards d'euros à travers le rachat de dette publique et privée, aura en main un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques courant jusqu'en 2022.

Le Conseil des gouverneurs, avec à sa tête la Française Christine Lagarde, "appréciera comment la zone euro se positionne par rapport aux trois scénarios de choc - léger, moyen ou sévère - décrits en juin" dans un climat "exceptionnel d'incertitude", note Bruno Cavalier, économiste chez Oddo.

Après un recul de 12% du PIB constaté au deuxième trimestre, la reprise amorcée cet été "se déroule dans la zone des scénarios favorables, quelque part entre le choc moyen et le choc léger", ajoute-t-il.

La BCE pourrait en conséquence améliorer légèrement sa prévision de PIB pour cette année, qu'elle attend pour le moment en recul de 8,7%.

En revanche, face au regain d'incertitude, elle "abaissera ses prévisions de croissance et d'inflation pour 2021 et 2022", anticipe Florian Hense, chez Berenberg.

Un Brexit dur, nouveau risque

Dans sa liste des risques du moment, Mme Lagarde pourrait rajouter le scénario d'un Brexit dur qui refait surface, les négociations entre Londres et l'UE reprenant dans un climat électrique après la volonté britannique de revenir sur certains engagements.

Mais la BCE n'est pas pressée d'agir à nouveau car "les premiers signes de divergence sont apparus parmi les membres du directoire", suggérant qu'"il faudra plus de temps pour discuter d'une prochaine action", fait remarquer Frederik Ducrozet, chez Pictet Wealth
Management.

Jeudi, la BCE pourrait au moins se dire "prête à utiliser +tous les instruments+, y compris un rythme plus rapide des achats d'actifs et/ou une baisse des taux d'intérêt, si nécessaire", ajoute M. Ducrozet. De quoi anticiper une réunion de fin d'année décisive, en décembre.

Les yeux sur l'euro

Si les banquiers centraux étaient partis en congés avec le sentiment du travail accompli, plusieurs facteurs compliquent leur rentrée, en premier lieu la pandémie qui continue à se propager y compris en Europe, qui croyait avoir passé le pire.

Sans que les économies soient mises sous cloche comme au printemps, les restrictions imposées sur les déplacements et les rassemblements ont des conséquences sur l'activité.

La production reste bien inférieure à ses niveaux d'avant-crise, malgré un rebond de la consommation.

L'inflation végète elle à un niveau très inférieur de celui proche de 2% visé par la BCE, passant même en territoire négatif en août (-0,2%) où des facteurs temporaires ont joué, comme la baisse de la TVA en Allemagne pour soutenir la consommation et les soldes d'été.

L'euro a lui gagné 10% face au dollar depuis la mi-mai et Mme Lagarde sera attendue sur le sujet: un euro plus fort préoccupe d'ordinaire la BCE car cela pèse sur l'inflation.
"L'inflation est trop basse et recule, l'euro fort renforce cette tendance et il y a une inquiétude que le changement de l'objectif à long terme de la Fed (...) complique les choses", souligne William De Vijlder de BNP Paribas.

La Réserve fédérale américaine a en effet annoncé fin août un virage stratégique, disant vouloir tolérer une inflation supérieure à l'objectif des 2% "pendant un certain temps".
Lors de sa conférence de presse à partir de 12H30 GMT, Mme Lagarde devrait renvoyer la définition d'un nouvel objectif d'inflation pour la zone euro au résultat attendu d'un chantier stratégique lancé en janvier. Mais il vient seulement de redémarrer après sa mise en sommeil, pandémie oblige.(AWP)






 
 

AGEFI



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