Coronavirus: Lombard Odier prédit des effets sévères sur l'économie chinoise

mercredi, 05.02.2020

Lombard Odier s'attend à effets sévères du coronavirus sur l'économie chinoise au premier trimestre. Les comparaisons avec l'épidémie de SRAS de 2003 seraient d'une utilité limitée. Explications.

MH

Si la Chine prend les mesures de relance adéquates, elle devrait pouvoir poursuivre la transformation de son économie intérieure, selon Lombard Odier. (Keystone)

Les autorités chinoises ont confirmé plus de 17'000 infections et 361 décès du coronavirus, une pathologie respiratoire. D'un point de vue macroéconomique à court terme, Stéphane Monier, Chief Investment Officer de la banque Lombard Odier estime que les conséquences du virus sur l’économie chinoise seront sévères. La Chine publiera les prévisions de croissance de son produit intérieur brut du premier trimestre à la mi-avril, sachant que la croissance de son PIB du quatrième trimestre 2019 s’est établie à 6,0%. Les comparaisons avec l’épidémie de SRAS de 2003 sont d'une utilité limitée : la Chine pèse davantage dans l'économie mondiale et le cycle économique est aujourd’hui dans une phase différente.

Le SRAS a réduit de 2 points de pourcentage le taux de croissance annuel au cours du trimestre où il a sévi, et le coronavirus va certainement lui aussi saper la croissance. Le secteur des services représente désormais 53% de l'économie chinoise, contre 42% en 2003. Toutefois, les ventes en ligne constituent aujourd’hui une part importante des ventes au détail, ce qui devrait permettre de compenser pour partie l’effet économique négatif du virus.

Depuis le début de l'épidémie, la réaction est restée modérée en Chine, d’autant plus que de nombreuses Bourses et entreprises avaient fermé leurs portes pendant les vacances du Nouvel An lunaire. Lors de la réouverture des marchés actions chinois le 3 février, l'indice composite de Shanghai a chuté de 8,7% et celui de Shenzen de plus de 9%.

Relance budgétaire chinoise

Alors que les marchés rouvraient, les autorités nationales ont annoncé une série de mesures visant à limiter les répercussions négatives sur l’économie. Il s’est notamment agi d’actions visant à garantir la liquidité du secteur bancaire, de subventions de taux d'intérêt destinées aux entreprises touchées et d'incitations pour les banques à prêter plus à l'économie réelle. "Si ces mesures peuvent contribuer à restaurer la confiance, il est peu probable  qu'elles empêchent l’économie de ralentir au cours des trois premiers mois de l'année. Le cas échéant, les autorités pourraient décider d’une relance budgétaire plus significative lors de la réunion du Congrès national du peuple en mars", écrit Stéphane Monier, CIO de Lombard Odier.

Le spécialiste s'attend à ce que l'activité manufacturière chinoise se reprenne à mesure que la production reviendra à la normale, une tendance qui pourrait débuter dès le deuxième trimestre de l'année. Toutefois, les habitudes de consommation pourraient nécessiter plus de temps pour se ressaisir, après ce qui aurait dû être une période de congés et d'achats. Si la Chine prend les mesures de relance adéquates, elle devrait pouvoir poursuivre la transformation de son économie intérieure, dont la croissance, originellement tirée par le secteur manufacturier, l’est de plus en plus par la consommation et les services.

Répercussions sur les classes d’actifs

Les conséquences économiques et commerciales du SRAS ont été de courte durée et localisées. Mais une telle comparaison historique peut être trompeuse car le cycle économique se situait alors dans ses phases initiales et, par voie de conséquence, les valorisations étaient beaucoup moins élevées. Les actions mondiales ont ainsi poursuivi leur redressement au début de 2003 tandis que les actions asiatiques sous-performaient avant de rebondir fortement une fois la contagion contenue. De même, les devises asiatiques fortement exposées à la croissance mondiale avaient alors sous-performé tandis que les devises émergentes à fort portage se comportaient favorablement.

Malgré un bon début d'année, les principaux marchés actions affichent maintenant une performance négative depuis le 1er janvier 2020. Les actions américaines ont mieux résisté, alors que les marchés actions émergents et chinois ont chuté de près de 10% depuis le début du mois.

Les prix des bons du Trésor américain et des Bunds allemands ont augmenté en réponse à l'évolution de la propagation du coronavirus ; leurs rendements à dix ans ont baissé respectivement d'environ 30 points de base et de 20 pb depuis le 23 janvier tandis que l'once d’or s'est appréciée de 25 dollars américains (USD). Ces différents instruments offrent une bonne protection au sein d’un portefeuille multi-actifs, souligne Stéphane Monier.

La banque Lombard Odier surveille également de près le cours de l’USD / yuan chinois (CNY), qui se négocie autour du seuil psychologiquement sensible de 7,00 CNY pour 1 USD, soutenu par la récente trêve commerciale de « phase 1 » conclue entre les États-Unis et la Chine. La baisse de liquidité pendant la période de congés a amplifié la récente hausse de l’USD / CNY. La fixation renforcée du CNY lors de la réouverture des marchés est une preuve que les autorités chinoises veulent asseoir leur devise. L’USD / CNY semble trop élevé face aux anticipations d'un dollar plus faible cette année.

Gérer la volatilité

En termes d’allocation d’actifs, le CIO de Lombard Odier estime que le positionnement  de Lombard Odier, équilibré, légèrement sous-pondéré en actions et surpondéré en stratégies de portage, avec des couvertures en or et en bons du Trésor américain, permettra de gérer l’épisode de volatilité actuel.

"Depuis le début de l'année, les marchés actions ont vu des prises de bénéfices et les valorisations semblent encore relativement élevées. Nous demeurons neutre au niveau de notre exposition aux actions émergentes, car nous pensons que l'effet du virus sera de courte durée. De surcroît, la banque centrale chinoise devrait prendre des mesures de relance adéquates", explique Stéphane Monier.

Ce dernier rappelle que les actions sont également soutenues par les bénéfices du quatrième trimestre. Aux États-Unis, près de 40% des entreprises ont déjà publié leurs résultats, contre 16% en Europe et 21% au Japon. Les premières annonces ont donné lieu à des surprises positives tant aux États-Unis qu'en Europe, avec notamment des résultats solides dans le secteur technologique.

"Pour l'instant, nous suivons de près l'évolution du coronavirus, en particulier tout ce qui pourrait indiquer que les taux d'infection ont atteint un pic. Nous nous tenons prêts à adapter les expositions de nos portefeuilles, et nous attendons la confirmation que le coronavirus ne se comporte pas différemment d’une grippe saisonnière, qui disparaîtra à mesure que les taux de transmission diminueront et que l'immunité se développera, conformément aux attentes de l'OMS".






 
 

AGEFI




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