Loi fédérale sur la chasse: une révision contre nature?

mardi, 15.09.2020

René Longet *

René Longet

Qu’une régulation de la faune sauvage soit nécessaire, personne ne le conteste et les passionnés de la chasse ont ici leur rôle à jouer. Cette dernière n’est depuis belle lurette plus une fin en soi mais une activité auxiliaire d’une saine gestion de la nature.

En raison de sa forte densité de population et des risques d’accidents de chasse, cette activité est interdite depuis bientôt un demi-siècle dans le canton de Genève, où le rôle de la régulation est assumé par des gardes étatiques.

La législation fédérale définit les espèces animales chassables, et les conditions et périodes de l’exercice de la chasse. Ce cadre est particulièrement important lorsque, comme c’est le cas actuellement, la biodiversité se trouve affaiblie par les activités humaines (atteintes aux biotopes, dérangements, produits écotoxiques, etc.). Toute modification législative devrait veiller à renforcer la biodiversité.

La réapparition, spontanée ou par suite de réintroductions, du lynx ou du loup est en tout premier lieu une manière de rétablir des équilibres naturels, par exemple pour limiter le surnombre d’ongulés et les dommages qu’ils infligent au recrû naturel des forêts. Certains chasseurs les considèrent toutefois comme des concurrents...

Si le lynx se fait discret et profite de la popularité qu’a le genre félin, le loup souffre d’un double handicap: la crainte archétypale qui l’accompagne (le petit chaperon rouge...); sa propension à tuer au-delà de sa faim. Mais ses dommages sont largement surévalués. Pour le propriétaire d’un troupeau, le choc est grand, mais sur les 200.000 moutons estivant en Suisse, 4500 meurent d’accidents, de la foudre, d’attaques de chiens ou de maladie... et 300 du fait du loup. La législation existante permet de subventionner des mesures de protection et d’indemniser les propriétaires de troupeaux; le tir peut être autorisé par la Confédération, garante de la proportionnalité des mesures.

Pas assez pour d’aucuns; sous leur pression, le Conseil fédéral a proposé en 2017 une révision de la loi sur la chasse transférant le pouvoir de déroger aux dispositions de protection aux cantons. Ces derniers sont pourtant bien plus démunis face aux lobbies agricoles et de la chasse locaux. Le cas récemment découvert d’un vaste réseau de braconnage du lynx en Bas-Valais, bénéficiant de connivences non seulement dans le milieu de la chasse mais de l’administration, en est une excellente illustration.

Non content de confirmer ce transfert de compétences, le Parlement a biffé pratiquement toutes les conditions proposées par le Conseil fédéral. En effet, ce dernier avait prévu qu’avant d’autoriser des tirs sur des animaux protégés ou hors périodes de chasse, des mesures de protection «raisonnables» aient être prises, que celles-ci n’aient pas eu d’effets suffisants, que les dommages aient été «importants» et les dangers pour l’être humain «concrets».

Dans la loi révisée, le tir devient la principale mesure de prévention des dommages, et il suffit pour cela qu’un animal attire l’attention par son comportement... Pas étonnant que les milieux de la protection de la nature aient réagi en lançant un référendum. Le 27 septembre, entre l’initiative sur l’immigration, le congé paternité et les avions de combat, prenons soin de la biodiversité affaiblie par un texte produit sous le coup de l’émotion et issu d’un parlement largement renouvelé depuis.

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI



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