L’obligataire chinois gagne en maturité

lundi, 25.03.2019

Sean Taylor*

L’Assemblée populaire de début mars a une fois de plus démontré à quel point la direction du parti chinois planifie méticuleusement ses projets et laisse peu de place au hasard. Une étape majeure est l’ouverture progressive du marché des capitaux aux investisseurs étrangers, qui a lieu depuis plusieurs années.

Ces efforts portent leurs fruits, ce qui se reflète dans les plans des principaux fournisseurs d’indices. MSCI a annoncé qu’elle ferait passer de 5 % à 20 %, d’ici novembre, le facteur d’inclusion des actions A de la Chine, ce qui porterait de 0,7 % à 3,3 % sa part dans le MSCI Emerging Markets. FTSE Russell et S&P ont annoncé des mesures similaires.

Une tendance identique se dessine sur le marché obligataire. Dès avril, les obligations en renminbi émises par l’Etat et deux banques de développement seront incluses dans le Bloomberg Barclays Global Aggregate Index. Ce processus devrait durer 20 mois, à l’issue desquels le renminbi sera la 4e devise de l’indice, juste derrière le yen. Il faut aussi s’attendre à ce que les autres fournisseurs suivent cet exemple.

L’environnement et le calendrier sont susceptibles de diverger de la voie prévue par Pékin. La Chine attire beaucoup l’attention pour d’autres raisons: le conflit commercial avec les États-Unis traîne en longueur, les grandes entreprises chinoises perdent de leur aura dans le monde, la croissance ralentit au plus bas depuis 1990 et la dette du pays est au premier rang des préoccupations de nombreux investisseurs institutionnels.

Ce qui nous ramène au Congrès du Peuple et à l’obsession de planification de la dictature du parti. Sa direction a tenu des propos très critiques, y compris sur la dette. Elle a admis que l’économie ralentissait, mais a souligné que, cette fois-ci, tout plan de relance serait choisi très soigneusement. Le ministre des Finances Liu Kun a précisé que ni les nouvelles dettes cachées ni les garanties financières illégales des gouvernements locaux ne seraient tolérées. Car le risque d’endettement des collectivités locales inquiète beaucoup.

La Chine n’est pas exempte des caractéristiques typiques des émergents

Il faut garder cela à l’esprit avant de s’engager sur ce marché des capitaux: il attire avec la promesse de participer à une économie qui devient beaucoup plus forte que l’Occident et des rendements réels positifs contrairement à l’Europe. Tandis que le marché gagne en attractivité par son ouverture et son inclusion dans des indices de plus en plus globaux. Cependant, il faut être conscient que la Chine n’est pas encore totalement exempte des caractéristiques des émergents.

Même si les propos du ministre des Finances s’adressent certainement aux investisseurs étrangers, ils nous rappellent que le sort du pays dépend de Pékin. C’est là qu’ils décident dans quelle mesure ils tolèrent le marché noir, à quel point ils contribuent eux-mêmes à la croissance et comment les investisseurs, notamment étrangers, peuvent participer. Il convient de rappeler l’automne 2015, lorsque Pékin a voulu agir sur la libre circulation et à la chute de la Bourse nationale, et a voulu l’aider à revenir dans la bonne direction avec toutes sortes de méthodes non conventionnelles, parfois à l’horreur des investisseurs.

N’importe qui ayant une perspective à long terme peut rejeter l’idée qu’il s’agit des difficultés initiales d’une place encore inexpérimentée et se référer aux horizons de planification à long terme de Pékin. L’accent est mis sur la nécessité de faire en sorte que la Chine ait une place sur le marché mondial des capitaux à la mesure de sa puissance économique.

* Directeur des investissements de l’APAC, DWS






 
 

AGEFI



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