L’Islande dans l’EEE: un volcan à surveiller

mardi, 24.09.2019

Damien Degeorges*

Damien Degeorges

A l’heure où l’Europe se prépare à un éventuel Brexit, la douloureuse adoption du troisième paquet énergie en Islande aura permis de rappeler la vulnérabilité d’un monde où même l’Accord sur l’Espace économique européen, vieux de seulement 25 ans, ne peut être considéré comme un acquis.

Le Parlement islandais a, début septembre, adopté le troisième paquet énergie. Rien de plus normal, en apparence, dans un Etat membre de l’Espace Economique Européen. Le Président islandais, à qui certains réclamaient un référendum sur la question, a clos le débat en confirmant cette adoption parlementaire. Dix ans après la publication dudit paquet, ce qui ne devait être qu’une formalité est devenue un roman national, ou plutôt une saga islandaise, et aura donné lieu au plus long débat parlementaire du pays. Non pas du fait d’un manque de majorité parlementaire, mais parce que des parlementaires opposés à cette adoption ont fait traîner les débats durant de longues semaines.

En 2018, le Parlement norvégien, quant à lui, avait adopté non sans difficultés ce troisième paquet énergie. L’enjeu était de taille puisque la Norvège est très loin d’être une «périphérie» européenne lorsqu’il s’agit d’énergie. Des activistes du «non», côté norvégien, n’ont pas manqué d’aider leurs homologues islandais dans leur action de lobbying, car le principe de l’unanimité aurait rendu caduque l’adoption en Norvège si l’Islande avait dit non. Cela aurait été une première en 25 ans d’existence de l’Accord sur l’Espace économique européen, or cela aurait bien été le problème. Chose jamais tentée dans ce domaine devient chose risquée par temps de possible Brexit.

S’il y a un fait positif à retenir, c’est que la société islandaise a pu se rendre compte, 25 ans plus tard, qu’elle faisait partie de l’EEE. A l’instar de ces Britanniques qui cherchaient à savoir, après le référendum sur le Brexit, ce qu’était l’Union européenne, certains commençaient à alerter en Islande sur le fait qu’il ne faudrait pas se réveiller un jour en se demandant ce qu’était l’Espace économique européen. Sentant cet acquis d’une Islande dans l’EEE menacé, des jeunes se sont même mobilisés, par voie de presse, afin d’éviter un nouveau hold-up générationnel, comme lors du référendum sur le Brexit. 

N’oublions pas cependant que les pays nordiques, d’une façon générale, forment la région d’Europe ayant sans doute la relation la plus compliquée à l’intégration européenne. D’un côté, la Finlande «bonne élève», qui fait figure d’exception en étant dans l’UE avec l’euro. De l’autre, on trouve le Danemark et ses clauses d’exemption, dont l’euro, la Suède dans l’Union européenne mais sans l’euro, la Norvège qui a dit non à l’UE et l’Islande qui a interrompu ses négociations d’adhésion à l’UE. Pourtant, tous sont membres de l’Espace Economique Européen et, accessoirement, de l’Espace Schengen.

Certains pensent qu’une fois le feuilleton du Brexit refermé et les tumultes UE-Suisse passés, l’Union européenne pourrait être tentée d’avoir une discussion franche avec ses partenaires de l’EEE non membres de l’UE. Affaire à suivre.

*  Spécialiste des pays nordiques, Degeorges Consulting






 
 

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