Un monde meilleur grâce à l’impact investing

lundi, 27.05.2019

L’investissement d’impact permet un investissement dans les pays en développement à la fois rentable et contribuant à un développement durable, respectueux de l’environnement et inclusif.

Peter A. Fanconi*

Peter A. Fanconi, président du conseil d’administration, BlueOrchard Finance.

1000 morts, 2500 blessés, 7000 hectares de cultures détruites, plusieurs centaines de milliers de réfugiés – tel est le bilan du cyclone Idai, qui a dévasté le Sud-Est de l’Afrique en mars 2019. Au total, plus de 2,6 millions de personnes ont été touchées par les conséquences de cette catastrophe naturelle.

Idai a illustré tragiquement les trois enjeux majeurs auxquels sont confrontés les pays en développement: la pauvreté, les effets du changement climatique et les flux migratoires connexes. Le dérèglement climatique affecte spécialement les pays en développement, car ils ne disposent pas de ressources pour s’en prémunir, ou pas suffisamment, ou s’adapter à ses répercussions. Les personnes démunies n’ont souvent d’autre choix, pour assurer leur subsistance, que de retirer leurs enfants de l’école, de réduire leur consommation alimentaire et, en dernier ressort, de quitter leur région. D’après la Banque mondiale, le changement climatique à lui seul plongera plus de 100 millions d’être humains dans la misère et en contraindra 140 millions à la migration d’ici 2030.

Les atouts décisifs des entreprises privées

Les Nations Unies (ONU) ont identifié ces enjeux à un stade précoce et, dès 2015, adopté les Objectifs de développement durable (ODD), qui appellent la communauté internationale à lutter contre la pauvreté dans le monde, à promouvoir la paix et l’égalité, à protéger l’environnement et à favoriser une croissance économique durable et inclusive. Les sources publiques et philanthropiques peuvent certes apporter leur contribution, mais pour réaliser pleinement les ODD, il est indispensable de mettre à profit les connaissances, le potentiel d’innovation et les ressources d’opérateurs économiques privés. Tant les entreprises actives à l’échelle internationale, y compris notamment les banques, les compagnies d’assurances et les caisses de pensions, que les particuliers doivent beaucoup plus assumer leurs responsabilités.

Opportunités d’investissement attrayantes

En parallèle, les ODD s’accompagnent d’opportunités d’investissement attrayantes dans des secteurs tels que l’infrastructure (p. ex. l’élimination des déchets et les énergies renouvelables), l’agriculture, la santé, la formation et la protection climatique. L’ONU estime que les investissements annuels devraient atteindre 5 à 7 milliards d’USD, dans tous les domaines, pour parvenir à concrétiser les ODD partout dans le monde. Seulement dans les pays en développement, il manque néanmoins encore quelque 2,5 milliards d’USD d’investissements par an. Ce déficit ne peut être comblé que si les capitaux privés sont mobilisés. À peine 2,7 % de la fortune sous gestion à ce jour dans le monde suffirait à alléger sensiblement la pauvreté et les inégalités.

L’industrie de l’Impact Investing a élaboré un procédé pour investir avec fruit dans les pays en développement et récolter un revenu financier en contribuant en même temps à un développement durable, respectueux de l’environnement et inclusif. À la différence de l’investissement socialement responsable et de l’investissement ESG qui en dérive, qui consistent principalement à exclure les placements indésirables, l’Impact Investing a pour but de produire activement un résultat positif mesurable.

Les investisseurs spécialisés sont mis à rude épreuve pour exercer une influence tout en générant un rendement. Ils doivent maîtriser les instruments et les techniques de calcul pour obtenir un effet écologique et social pérenne au profit de l’être humain et de la Terre.

Nécessité d’une standardisation de la gestion 

L’industrie de l’Impact Investing doit toutefois s’accroître considérablement pour que son plein potentiel puisse s’exprimer. Bien que la catégorie d’actifs «Impact» ait enregistré une progression fulgurante au cours des dernières années, son volume sur le marché ayant bondi de 46 milliards d’USD en 2013 à 502 milliards d’USD en 2018, son importance en termes absolus reste modique.

La standardisation de la gestion d’impact est une clé essentielle pour l’expansion de ce créneau. L’enjeu est tel que le terme «Impact» ne peut être exploité à des fins d’image ou de marketing (greenwashing ou impact-washing). L’initiative de l’IFC, membre du Groupe de la Banque mondiale, mérite donc d’être saluée. Avec ses «Operating Principles for Impact Management», elle a en effet défini de nouvelles normes rigoureuses pour l’analyse des retombées sociales, économiques et écologiques. L’application de ces principes représente un pas important vers un monde meilleur et un «label de qualité» pour les investisseurs qui doivent savoir quand un impact est réellement un impact.

* Président du conseil d’administration, BlueOrchard Finance.






 
 

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