Initiatives agricoles: la politique commerciale suisse à l'étranger

vendredi, 21.09.2018

L'initiative pour des aliments équitables et l'initiative pour la souveraineté alimentaire que nous voterons le 23 septembre concernent a priori principalement notre assiette. Or, toutes deux exigent une restructuration radicale de l'agriculture suisse qui auraient des conséquences néfastes sur notre économie d’exportation et notre prospérité.

Philippe Cordonier*

"Ce vote constitue donc plus bien plus qu'une question d’assiette."

L'écologie devient à la fois la mesure des deux objets et un objectif poursuivi par des lois et des règlementations beaucoup plus vastes. Même les denrées alimentaires importées de l'étranger devraient satisfaire à ces exigences. Au final, seuls les produits répondant à ces normes seraient susceptibles de figurer dans l'assiette des consommateurs suisses.

En ce qui concerne la politique commerciale suisse, les deux initiatives agricoles présentent également de grands risques, car les instruments protectionnistes doivent être ancrés dans la Constitution afin d’atteindre leurs objectifs. Les producteurs étrangers devraient ainsi produire conformément au droit suisse et les droits de douane sur les produits étrangers augmenteraient considérablement.

Des interdictions d'importation seraient également possibles et notre succès à l'exportation subirait de graves dommages. En effet, l’exportation dépend de l'intégrité des conditions-cadres de la politique commerciale. Les industries MEM, pharmaceutiques et chimiques ou les entreprises de technologie médicale seraient fortement touchées. Si les produits de l'industrie d'exportation suisse étaient soumis à des droits de douane punitifs, leurs coûts augmenteraient pour les clients étrangers.

Les entreprises se verraient ainsi obligées de délocaliser une partie de leur production à l'étranger, ce qui ne serait pas sans conséquences pour les nombreux emplois hautement qualifiés. Des milliers de fournisseurs seraient également concernés, sans compter les places de formation proposées par l’industrie exportatrice et sa coopération avec le paysage universitaire local dans le domaine de la recherche et du développement.

De plus, de telles règles vont clairement à l’encontre du droit commercial international. En tant que membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), la Suisse est tenue de supprimer les droits de douane et autres obstacles à l'importation. Il en va de même pour les accords de libre-échange que nous avons conclus avec 38 pays dans le monde. Les accords bilatéraux avec l'UE sur l'agriculture seraient également affectés.

Ces deux initiatives n'ont donc pas seulement un impact sur l'agriculture suisse, mais constituent également une menace majeure pour l'ensemble de l'économie suisse, en particulier pour les exportations. La Suisse ne peut se permettre de violer le droit commercial international ou de provoquer délibérément des différends commerciaux sans y laisser des plumes.

Ce vote constitue donc plus bien plus qu'une question d’assiette. La question est de savoir si les entreprises suisses peuvent continuer à prospérer et avoir du succès ou non. Il s’agit également d’une question d'emplois, autant chez les entreprises exportatrices qu’auprès des nombreux fournisseurs dont les produits contribuent également au succès de l'économie suisse à l'exportation. L'initiative pour des aliments équitables et l'initiative pour la souveraineté alimentaire placeraient la Suisse en marge de la politique commerciale et causeraient des dommages considérables à l'économie. C’est pourquoi elles doivent être clairement rejetées. 

*Responsable Suisse romande Swissmem






 
 

AGEFI



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