Les actions n’ont peut-être pas encore atteint leur pic

mercredi, 22.01.2020

L’indice MSCI World grimpé de 30% en 2019. Une curieuse asymétrie dans les performances historiques depuis 1900.

Peter van der Welle*

Peter van der Welle.

Certains investisseurs craignent que la phase haussière actuelle ne puisse durer, car de nouveaux problèmes géopolitiques pourraient finir par mettre un terme aux performances record des marchés actions, à commencer par la possibilité d’une guerre avec l’Iran et la menace d’une récession qui tarde à se concrétiser.
Pourtant, notre analyse montre qu’une année de performances exceptionnelles (le MSCI World a progressé de 30% en 2019) se répète souvent l’année suivante sous l’effet de plusieurs facteurs favorables. Cela signifie que 2020 pourrait se révéler tout aussi excellente pour les actions, malgré certains obstacles.

Pas encore au sommet

L’incertitude géopolitique est montée d’un cran avec l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani. Dans le même temps, la perspective d’un accord commercial de phase un entre les États-Unis et la Chine et d’une relance subséquente du secteur manufacturier mondial semble pleinement intégrée.
Cependant, les marchés actions ne sont pas encore arrivés au terme de cette phase haussière, une remontée des résultats d’entreprises au deuxième trimestre est attendue. Dans le même temps, les banques centrales accommodantes apportent leur soutien pour compenser l’amélioration progressive des fondamentaux.
En général, les marchés haussiers prennent fin parce que l’euphorie finit par retomber, en raison d’un durcissement excessif des banques centrales. Même si nous observons des poches d’exubérance, les banques centrales ne semblent pas disposées à retirer «le bol de punch». L’inflation pourrait devenir un risque de marché au second semestre 2020, mais elle ne devrait pas encore inverser le mouvement de hausse des actifs risqués.

L’histoire va-t-elle se répéter?

Une raison de rester optimiste est «l’asymétrie», un phénomène que l’on observe sur les marchés actions depuis 1900. Depuis cette date, les actions mondiales ont en moyenne enregistré des performances annuelles de 8%. Mais leur distribution historique est très asymétrique: des performances annuelles (années calendaires) supérieures à 20% ont été enregistrées dans 20% des cas depuis le début XXe siècle.
L’histoire va-t-elle donc se répéter en 2020 et produire une nouvelle année de performance à deux chiffres, comme le suggèrent les données historiques dans cette situation?
 La prudence est de mise ici car le nombre d’observations relativement limité ne permet pas de tirer de conclusions fiables.
Néanmoins, l’existence d’une «asymétrie» conforte le scénario selon lequel de nouveaux sommets seront probablement atteints par les actions avant qu’une récession mondiale ne se déclenche.
Par nature, les investisseurs ont tendance à privilégier les actifs susceptibles de s’apprécier et présentant une récompense potentielle asymétrique. Résultat, ils sont prêts à payer une prime pour ces actifs (asymétrie positive).
Le potentiel de hausse s’est matérialisé après la grande vague de repli que nous avons connue au quatrième trimestre 2018. En 2019, le fait que la hausse des multiples ait généré la plus grande partie de la performance totale des actions montre clairement que les investisseurs étaient prêts à payer pour ce potentiel d’appréciation.
À ce stade, on pourrait penser que le marché s’est emballé, mais comme 1921, 2019 a surtout été une année durant laquelle les pertes de l’année précédente ont été largement compensées.

Les fondamentaux

Les investisseurs devraient aussi tenir compte d’indicateurs plus classiques, tels que la valorisation, les fondamentaux et les indicateurs d’opinion. D’une part, du point de vue de la valorisation relative, la prime de risque des actions mondiales reste supérieure aux moyennes historiques, tout particulièrement pour les actions européennes et japonaises.
D’autre part, le moral des investisseurs reste favorable à la prise de risques. Aux États-Unis, les investisseurs individuels et les hedge funds sont devenus moins pessimistes, tandis que l’excellent millésime 2019 a probablement accentué la crainte de rater le coche chez ces deux catégories d’investisseurs et chez d’autres. Une nouvelle amélioration du moral des investisseurs pourrait pousser les actions encore plus haut en 2020.
Cela ne garantit pas pour autant une nouvelle année de bonnes performances.
Le risque serait que les marchés actions américains soient survalorisés et que le risque géopolitique ne soit peut-être plus aussi limité.

* Stratégiste multi-actifs, Robeco






 
 

AGEFI




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