Une vague de chiffres décevants en Suisse

mardi, 29.01.2019

L’indice des directeurs d’achats de l’industrie pour les exportations laisse prévoir un ralentissement de moitié de ces dernières au cours des trois prochains trimestres.

Marc Brütsch*

L’inflation d’origine intérieure est au plus haut depuis 2012 dans la zone euro. Jetant un coup d’œil à la Suisse, les statistiques d’activité décevantes valident la prudence de notre approche. Les premières prévisions du consensus pour l’économie suisse en 2020 annoncent une croissance supérieure à nos propres prévisions.

L’indice de surprise économique de Citigroup reflète le retournement de la dynamique économique helvétique. En septembre 2018, celui-ci distançait sa moyenne historique de plus d’un écart type et, seulement quatre mois plus tard, il avait chuté à plus d’un écart type en dessous de sa moyenne à long terme. Les dernières statistiques ont donc sensiblement déçu et le consensus a revu en baisse en deux étapes ses prévisions de croissance pour 2019 depuis novembre, de 1,8% à 1,5% actuellement. Comme l’indice suisse des directeurs d’achats du secteur manufacturier ne détaille pas les nouvelles commandes, il faut consulter d’autres sources pour apprécier les perspectives d’activité dans ce domaine. L’indice des directeurs d’achats de l’industrie suisse pour les exportations laisse prévoir un ralentissement de moitié de ces dernières au cours des trois prochains trimestres. En résumé, les dernières observations valident notre prudence antérieure quant aux dynamiques de croissance mondiales et à leur impact sur l’économie suisse. Nous laissons donc nos prévisions pour 2019 inchangées à 1,2%, c’est-à-dire au niveau estimé depuis mai dernier.

Hausse de l’inflation dans la zone euro

L’inflation suit une tendance baissière, due avant tout au recul des prix de l’énergie. Les prix de détail de l’essence et du fioul domestique ont encore baissé en janvier, d’où la correction de notre prévision d’inflation moyenne annuelle à seulement 0,6% pour 2019. La BNS, qui souhaite maintenir l’inflation entre 0% et 2%, considère l’évolution des prix avec circonspection et rien ne justifierait vraiment un changement de cap, d’autant plus que les loyers, poids lourd de l’indice des prix à la consommation, risquent d’apporter une contribution négative à l’inflation en 2019. Actuellement, le principal motif de relèvement de nos prévisions serait lié à un revirement immédiat de la tendance baissière du cours du baril constatée depuis trois mois.

Les chiffres décevants des industries cycliques de la zone euro reflètent-ils un décrochement imputable à la crise du diesel ou un ralentissement mondial? Telle est, outre les problèmes politiques non résolus de l’UE, la question qui sous-tend toutes les tentatives de prévisions pour la zone euro. Concernant le tassement de la dynamique mondiale, nous avions adopté des projections prudentes bien avant la majorité des économistes, et notre pronostic de croissance pour la zone euro est très en deçà du consensus depuis janvier 2018. Lorsque les ennuis des constructeurs automobiles allemands ont commencé à affecter les statistiques économiques, nous avons abaissé nos prévisions pour 2019 de 1,4% à 1,3%.

Pour l’instant, la conjoncture intérieure reste porteuse à nos yeux: la croissance des salaires a commencé à s’accélérer et les conditions de crédit aux entreprises se sont encore assouplies au dernier trimestre 2018. Notre vision de la situation est donc la suivante: à court terme, l’activité industrielle devrait rebondir et compenser une partie des pertes subies dans l’automobile au second semestre 2018 mais, à moyen terme, les obstacles des différends commerciaux et d’une normalisation de la politique monétaire devraient assombrir les perspectives pour 2020.

*Economiste en chef, Swiss Life






 
 

AGEFI



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