Réinitialisation de la croissance

dimanche, 12.01.2020

L’incompréhension entre les diverses réalités humaines tient essentiellement aux modes de communication.

Pécub

La chance de la nature c’est de n’avoir jamais appris à l’école le chinois, le français, le suisse-allemand ou l’américain. La dramaturgie du vocabulaire qui emprisonne des infinités de vies biologiques complexes dans des mots limités à des consonnes et des voyelles est d’une crasse vanité. Quand l’on dit « forêt », dans cet agrégat de consonnes et de voyelles vous avez des milliards d’arbres d’espèces et d’âges différents, et toutes les formes de vie qu’elle abrite, de la chouette au champignon, en passant par le moustique et la fourmi. Quand l’on dit « feu », il y a l’étincelle, les flammes, la désolation. La « forêt a pris feu » résume combien de masse biologique carbonisée ? Les humains parlent, et c’est bien là que cela coince.

Croissance ou alors décroissance, ces mots ils signifient quoi ? Le mouvement de quantités infinies de réalités vivantes ou inertes dans un sens ou dans un autre, ou alors dans des tas de directions en même temps. Les mots sont des vitrines hypertrophiées de banalisation des composants sans fin de l’univers des univers. Un mot est un trou noir qui ne dit pas exactement tout ce qu’il contient. Comment communiquent les fourmis entre elles ? Comment communiquent les bactéries entre elles ? Comment communiquent les humains entre eux ? Faire la comparaison donne le vertige. Les abeilles communiquent avec les fleurs. Le lombric communique avec la terre. La baleine communique avec l’océan. L’humain parle, la nature communique, cela ne se passe pas au même étage. Avez-vous déjà regardé une araignée dans les yeux pour lui demander son point de vue ? Non ? Vous êtes arachnophobe ?

Réorienter la vision que nous avons de la croissance. Ou plutôt, réorganiser les contenus que l’on a intégré dans le mot croissance. Un meilleur dialogue avec la nature, et avec tous les cadeaux qu’elle fait. La planète a déjà flambé par le passé, les dinosaures ont disparu, pas les cancrelats. Certes la liste des choses à entreprendre est longue, cependant il suffit de réfléchir les premiers « mots ». Pas avec le vocabulaire humain, plutôt avec celui d’une fourmi ou d’un cancrelat.






 
 

AGEFI




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