Le protectionnisme, moteur de l’inflation?

mardi, 02.10.2018

L’incertitude chronique liée aux questions commerciales influence les événements dans les catégories d’actifs et devises.

Richard Mooser*

Richard Mooser

Depuis quelque temps déjà, les investisseurs sont tenus en haleine par l’attitude protectionniste des Etats-Unis dans un environnement par ailleurs quasiment parfait des marchés financiers. L’incertitude chronique sur la position de l’Amérique par rapport aux questions commerciales internationales influence de manière récurrente les événements dans les différentes catégories d’actifs et les paires de devises.

C’est un sujet sans aucun doute extrêmement sensible car selon certaines hypothèses, les taxes douanières introduites unilatéralement génèrent d’abord des bénéfices. Même si ces mesures sont dommageables à long terme parce que les consommateurs nationaux sont mis à contribution, le protectionnisme présente un intérêt à court terme, surtout au niveau politique.

Le volume commercial s’effondre

À cela s’opposent les coûts dûs à la baisse des volumes commerciaux lorsque les pays soumis à des droits de douane prennent des contre-mesures correspondantes. L’administration Trump part manifestement du principe que les guerres commerciales contre des pays en excédent commercial sont faciles à gagner. Mais cela pourrait être une supposition erronée.

En exemple historique, on citera les événements des années 1930 lorsqu’avec la loi Smoot-Hawley, les États-Unis firent grimper les droits de douane sur plus de 20.000 produits , lançant ainsi une course au protectionnisme. Les États-Unis augmentèrent les droits de douane de près de 45% et le volume commercial mondial recula en conséquence de près d’un quart. C’est de cette expérience qu’est né en 1947 après la Seconde Guerre mondiale l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) qui devient plus tard l’Organisation mondiale du commerce.

La dérive difficile à comprendre de prime abord consistant à brusquer à la fois «l’ami et l’ennemi» est absolument sensée. La stratégie d’une position initiale extrême, à savoir confronter son interlocuteur à des exigences maximales et le menacer par d’autres étapes d’escalade, semble déjà porter ses fruits. D’une part, il n’y a presque aucun pays qui peut se permettre de renoncer à l’accès à la plus grande économie mondiale. D’autre part, Trump dérogera bientôt tacitement à ses exigences maximales annoncées auparavant haut et fort, si bien qu’au final un accord verra pourtant le jour.

Accord mais pas de libre-échange

Selon ce modèle, un accord a aussi été trouvé avec le Mexique, accord auquel pourrait bientôt se rallier le Canada. Il est bien possible que la crise commerciale avec la Chine puisse également prendre fin après un scénario similaire qui dure depuis relativement longtemps.

Les modifications de contrat souhaitées par les États-Unis ont cependant le plus souvent peu à voir avec le libre-échange. L’intention qui domine plutôt est celle de briser des chaînes logistiques mondiales et de déterminer de manière détaillée quel produit est fabriqué, en quelle quantité, pour quel salaire et dans quel pays. À titre d’exemple, on mentionnera les dispositions pour l’industrie automobile dans l’accord avec le Mexique qui devrait freiner la délocalisation d’emplois américains vers le Mexique mais qui conduira à un prix de vente final plus cher pour l’acheteur américain.

Ce ne serait pas la première fois que les États-Unis ouvrent la voie au niveau mondial et il semblerait que nous sommes à un tournant. Est-ce que deux décennies d’un commerce mondial soutenu par le progrès technologique et de plus en plus ouvert seront à présent remplacées par une approche protectionniste fragmentée?

Plus d’inflation au niveau local

Si cette tendance se poursuit, les investisseurs doivent se préparer à certains changements. Le protectionnisme grandissant et la «démondialisation» conduisent à des économies plus isolées. Cela devrait être à nouveau beaucoup plus difficile de capter ou de couvrir un excédent de demande ou d’offre via d’autres pays. Cela entraînerait des hausses de prix et les taux d’inflation ne suivraient plus des facteurs mondiaux mais locaux. Des pays tels que les États-Unis ou la Grande-Bretagne pourraient se trouver confrontés à des tendances inflationnistes, tandis que les pays en voie de développement exportateurs de matières premières seraient par contre confrontés à des tendances déflationnistes.  

Les investisseurs qui tablent sur des taux d’intérêt en hausse en réaction à ces évolutions pourraient envisager une sous-pondération ou des ventes à découvert dans des emprunts d’État à échéance plus longue d’économies développées en veillant à un bon timing du marché.

* CIO d’Axa Investment Managers Switzerland






 
 

AGEFI



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