L’impact macroéconomique du virus COVID-19

mardi, 03.03.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Actuellement, le virus COVID-19 a occasionné environ 90.000 cas d’infections et plus de 3000 décès. Il convient néanmoins de citer quelques chiffres d’autres crises. 32 millions de personnes sont mort du sida depuis le début de l’épidémie, dont 770.000 en 2018. La grippe de 1968 a éliminé 15% de la population de Hong Kong, et 1 million de personnes ont succombé globalement. La grippe de 1956-1958 a causé 2 millions de décès, alors que celle de 1918-1919 a fait entre 20 et 50 millions de morts. 

Aujourd’hui, avec un facteur temps encore inconnu, il est impossible de savoir combien de cas surviendront encore. Ainsi, l’impact macroéconomique est également difficile à prévoir. Une chose est certaine, l’effet économique sera limité dans la durée, même s’il est potentiellement important, tandis que la tragédie humaine, elle,  impactera des individus à vie. 

La grande différence entre aujourd’hui et 1918 est les personnes les plus touchées. Actuellement, ce sont les personnes les plus vulnérables qui succombent: les personnes âgés ou très jeunes, ou avec d’autres problèmes de santé. En 1918, la grippe était particulièrement dangereuse pour des personnes en bonne santé et épargnait les personnes avec des systèmes immunitaires plus faibles. 

Economiquement parlant, quand une grande partie de la population disparaît, la croissance actuelle et potentielle diminue. Des pénuries de main-d’œuvre peuvent limiter la production, et si la demande reste intacte, les prix devraient augmenter en conséquence. Cette combinaison d’inflation en hausse et croissance moindre est appelée stagflation. Les années 1970 étaient marquées par la stagflation quand le prix de pétrole a triplé. On a également constaté ce phénomène de stagflation au début de la crise de 2008, avant que le prix de pétrole ne baisse. L’inflation de nos jours bénéficie d’une importante modération, probablement lié à la révolution technologique. On peut alors supposer que l’inflation augmentera mais moins que par le passé. Ceci dit, toute hausse des prix, même modérée, éliminera une partie du pouvoir d’achat des ménages, à moins que les salaires nominaux n’augmentent davantage. Certains industries et secteurs seront peut être en mesure de majorer les salaires, mais d’autres pourraient se trouver obligés de réduire les effectifs. L’effet net serait probablement une baisse du pouvoir d’achat temporaire. 

Avec une baisse du pouvoir d’achat, on peut s’attendre à un taux de croissance du PIB moindre. Cela dépendra bien sûr de la durée de la crise, de son taux de mortalité et de l’envergure des mesures mises en place pour limiter la propagation du virus. Avec toute l’incertitude qui nous entoure, on peut néanmoins tirer quelques conclusions concernant les effets macroéconomiques: moins de croissance du PIB, plus d’inflation et plus de chômage.

Ces conclusions peuvent d’ores et  déjà orienter l’investisseur, qui pour l’heure ne devrait pas céder à la panique mais plutôt orienter ses avoirs vers des investissement plus sûrs et qualitatifs, et réaliser que l’année 2020 sera en toute probabilité bien plus médiocre en termes de performance que l’année 2019. Etant donné la performance récente des marchés obligataires, l’attrait relatif des marchés boursiers a soudain augmenté. Le seul scénario qui pourrait dérouter ces conclusions serait d’anticiper un récession. Nous n’en sommes pas là pour le moment.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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