Les marchés boursiers toussent

lundi, 03.02.2020

L’impact grandissant du coronavirus a éliminé la hausse obtenue depuis un début d’année pourtant très prometteur.

Françoise Mensi*

Françoise Mensi

Les places financières ont subi l’impact grandissant du coronavirus et ont fini la semaine dernière en forte baisse, éliminant la progression obtenue depuis un début d’année pourtant très prometteur.

La banque centrale de Chine a pris la décision d’injecter l’équivalent de 156 milliards d’euros pour soutenir l’économie chinoise et les entreprises en difficulté. Le bilan de l’épidémie fait état de 361 morts pour plus de 17.000 personnes infectées, pesant ainsi sur le marché boursier chinois avec une chute de l’indice CSI300 de 8% à sa réouverture, du jamais vu depuis 5 ans. Certaines sociétés étrangères, telles que Starbucks et Apple, ont suspendu leur activité en Chine et les économistes revoient leur estimation de croissance chinoise à la baisse pour 2020, les ramenant à 5% contre 6,3% auparavant.

Avec ce regain d’incertitude, nous assistons à une fuite vers la qualité. Les taux d’intérêt repartent à la baisse avec un rendement du 10 ans de la Confédération à 

-0,78% et celui du 10 ans américain à 1,53%, revenus aux niveaux d’octobre dernier. 

L’OMS a qualifié d’urgence internationale l’épidémie mais s’est montrée rassurante quant à la capacité de Pékin à contenir l’expansion du virus. A l’heure actuelle, les conséquences sur l’économie mondiale sont difficiles à prévoir, mais le retour de la volatilité va offrir des opportunités d’investissement.

La Fed a laissé ses taux inchangés et a annoncé une réduction de son bilan au deuxième trimestre, en diminuant ses achats de bons du trésor qu’elle avait entamé afin de calmer les tensions sur le marché interbancaire. Le PIB américain est sorti légèrement en dessous des attentes à 2,1% pour le quatrième trimestre et la croissance annuelle à 2,3%.

En zone euro, les menaces de Trump, les incertitudes du Brexit ainsi que l’instabilité politique en Italie ont pesé sur la croissance qui s’est contractée au quatrième trimestre, pour terminer à 0,1% (soit 1,2% en 2019).

Dans l’ensemble, les résultats des entreprises sont bons et supérieurs aux attentes, avec Amazon qui a de nouveau franchi les 1000 milliards de capitalisation boursière, rejoignant le géant Apple qui a aussi publié des résultats records, en ayant plus que doublé sa capitalisation en un an. En Europe, le groupe LVMH a réalisé une année exceptionnelle grâce à des ventes en forte hausse et un chiffre d’affaires record de 53,7 milliards d’euro.

Apple pèse plus lourd que l’Allemagne

L’excellente performance du titre du géant américain Apple, sur les derniers mois, a propulsé sa capitalisation boursière bien au-delà des 1000 milliards de dollars, soit 1354 milliards de dollars. À titre de comparaison, l’indice DAX 30, qui représente les 30 plus grandes valeurs du marché allemand, pèse en tout 1200 milliards d’euros, soit 1320 milliards de dollars! Plusieurs raisons expliquent ce fait. 

Les entreprises du Dax appartiennent pour la plupart au secteur industriel. Les modèles d’affaires d’entreprises comme Volkswagen, Daimler et BASF, par exemple, sont caractérisés par la vente de «produits» aux consommateurs. Les titans d’aujourd’hui, comme Apple, Amazon et Microsoft (qui pèsent toutes plus de 1000 milliards de dollars en Bourse), se focalisent non plus sur les produits, mais sur les services. Les investissements en recherche et développement sont dirigés davantage sur le software que sur le hardware. 

Le succès futur d’Apple dépend moins du nombre d’iPhones qui seront vendus (hardware) que du nombre d’utilisateurs qui s’inscriront à ses divers services (software) accessibles au travers de ses iPhones. Ceci nous amène à une autre différence centrale qui caractérise les modèles d’affaires d’aujourd’hui (Apple, Alphabet, Microsoft) par rapport aux poids lourds du Dax: les revenus récurrents. 

Le fait de vendre un service procure des revenus récurrents par le biais d’abonnements, et le coût marginal de production (ce que coûte le déploiement de ce service à un utilisateur additionnel) est très faible (par rapport au coût marginal de production d’une VW Golf par exemple). Les titres répondants à ces caractéristiques sont dès lors très recherchés par les investisseurs.

* Gérante discrétionnaire, Banque Bonhôte & Cie






 
 

AGEFI




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