Le PNB suisse dépend à 5% de ses exportations vers la Chine

mercredi, 29.08.2018

L'impact est supérieur à celui de ses voisins. Il n'est que de 3% pour l'Allemagne; 1,% pour l'UE et 0,5% seulement pour les États-Unis

Elsa Floret

Nicolas Musy, initiateur du Swiss Center Shanghai en 2001, avec lequel il a établi avec succès plus de 100 entreprises en Chine

Selon le Swiss Business in China Survey (conduite par le Swiss Center), la confiance des entrepreneurs suisses dans leurs affaires avec la Chine reste forte en 2018 à 6,9 points sur un maximum de 10, au même niveau que celle des entreprises chinoises et de celles de l'Union Européenne, alors que celle des sociétés américaines baisse notablement
(Lire graphique ci-contre).
«Les chiffres d’affaires et profits augmentent aussi continuellement. Les entreprises suisses continuent d’avoir de bons résultats en Chine. Pour ces dernières, comme pour les entreprises européennes en Chine, la guerre du commerce avec les Etats-Unis n’aura pas d’impact négatif», estime Nicolas Musy, fondateur de China Integrated, lors d’une conférence organisée à Lausanne par la  Chambre de Commerce Suisse-Chine (SCCC), en partenariat avec la section romande de la Société Suisse-Chine.
L'impact des exportations suisses vers la Chine sur son PNB atteignait 5% en 2014 (contre 0,4% en 2004), selon CEIC, UBS. Soit un niveau nettement supérieur à celui de ses partenaires commerciaux, allant de 3% pour l'Allemagne à 1% pour l'Union européenne et seulement 0,5% pour les Etats-Unis.
 
«D'un point de vue macro-économique, Donald Trump n'a pas trop de souci à se faire au sujet de cette guerre commerciale avec la Chine. Il n'a pas grand-chose à perdre dans un climat de forte croissance aux USA. Raison pour laquelle il faut s'attendre à ce qu’il maintienne une position forte», estime Nicolas Musy. Il ajoute que le problème concernera directement des entreprises très technologiques comme Boeing notamment. En effet, les domaines concernés par la hausse des droits de douane américains imposée à la Chine, vont des avions aux micro-chips, en passant par l'agriculture et les semi-conducteurs. En revanche, les Chinois exportent de nombreux produits de grande consommation et des semi-produits, plus facilement remplaçables mêmes si les quantités sont énormes et la réorganisation des achats prendra du temps.
 
«Il sera plus difficile pour les Chinois de remplacer les importations américaines. Mais si le conflit continue, la Chine réorganisera sa chaîne d'approvisionnement en regardant vers l'Europe», pense Nicolas Musy, grand connaisseur de la Chine résidant dans la région de Shanghai depuis 1998, fondateur de China Integrated en 1997 et initiateur du Swiss Center Shanghai en 2001, avec lequel il a établi avec succès plus de 100 entreprises en Chine, dont des cas récents comme IDQuantique (IDQ), Scan trust (solutions anti-contrefaçons à partir de smart phones) et Mikron automation (Boudry).
Il a établi la première PME industrielle suisse en Chine en 1993 et LX Precision, la première entreprise suisse de décolletage en 2001. Depuis 2006, il coordonne les relations avec l'EPFL en Chine.

L'attitude paradoxale du gouvernement chinois

Nicolas Musy souligne l'approche difficile à concilier du gouvernement actuel qui veut d'un côté libéraliser l’économie et encourager le développement des PME et start-up privées, mais qui en même temps institue des contrôles sociaux de plus en plus sévères, renforce la censure et restreint l’accès à l’internet. Par ailleurs, la guerre du commerce avec les États-Unis force le gouvernement à contrôler plus étroitement les transferts de capitaux, ce qui réduit aussi les possibilités d’investissement à l’étranger des entreprises chinoises, notamment privées.
 
«Ces deux tendances ne sont pas vraiment compatibles à long terme. Elles sont toutefois poursuivies simultanément, d’une part pour assurer la croissance, la puissance économique et le développement des capacités technologiques de la Chine et d’autre part car les dirigeants sont fermement convaincus qu’un pouvoir fort est absolument nécessaire pour maintenir la cohésion du pays et naviguer dans une situation internationale de plus en plus volatile.»
 
Quelques voix discordantes s'élèvent en Chine. «Un professeur de droit de Tsinghua, l’université peut-être la plus renommée en Chine a récemment publié un essai très critique sur les choix politiques faits récemment, notamment l’abolition de la limite de 2 termes de la Présidence, et qui s’interroge sur le retour du culte de la personnalité et du totalitarisme en Chine. D’autres s’insurgent contre les sommes énormes affectées au projet de nouvelle route de la soie, mentionnant que la Chine a besoin de ces fonds pour son développement propre, mais les dirigeants et surtout le Président restent très populaires», résume Nicolas Musy.
 
«Grâce à la vitalité du secteur privé et au poids de l’économie d’état en Chine, le capitalisme d'Etat de Xi Jinping peut certainement continuer. Comme le modèle populiste de Donald Trump. Je ne vois pas la Chine, qui a encore besoin d’affirmer son identité et sa place dans le monde, s'occidentaliser. La rivalité avec les USA va continuer, voire s’intensifier, même s’il serait dans l’intérêt économique global et dans celui de la Chine de mettre un terme à la guerre commerciale», estime Nicolas Musy.

Nicolas Musy intervenait mercredi à Lausanne sur le thème: conceptions erronées en matière économique et incidences du nouvel interventionnisme politique, lors d'une conférence intitulée: où va la Chine? Quelles en sont les répercussions pour nos économies et nos entreprises? Et que devons-nous espérer (ou craindre) de la Chine dans les 5 à 10 ans qui viennent?
Conférence organisée par le chapitre genevois de la Chambre de Commerce Suisse-Chine (SCCC), en partenariat avec la section romande de la Société Suisse-Chine. Frank Eggmann, Consul général de Suisse à Chengdu intervenait sur le thème: une ruée vers l'Ouest aux caractéristiques chinoises.
 
 







 
 

AGEFI



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