L’impact des intérêts négatifs sur la prévoyance vieillesse

mercredi, 11.12.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Une enquête réalisée auprès des entreprises suisses sur l’impact des intérêts négatifs révèle que plus de la moitié d’entre elles s’inquiètent de la dégradation de la situation financière de leur caisse de pension. Constat surprenant si l’on considère la solide performance des institutions de prévoyance ces dernières années. 

Effets positifs des taux d’intérêt bas

Depuis des décennies, les taux d’intérêt ont tendance à baisser dans les pays industrialisés. La crise financière a renforcé cette tendance, gratifiant la Suisse des taux directeurs les plus bas au monde. 

Les revenus d’intérêts courants (paiements de coupons) des caisses de pension sont moins élevés que par le passé, surtout ces derniers temps, et le «rendement sûr» est plus faible. Les effets positifs de la baisse des intérêts sur les marchés financiers ont toutefois été incomparablement supérieurs, car ils ont fait grimper la valeur des emprunts obligataires dans les portefeuilles des institutions de prévoyance.

Simultanément, la baisse des intérêts a aussi eu des répercussions positives sur d’autres classes de placement. Les actions suisses et mondiales ont, en outre, profité du boom de l’économie sur le plan international. 

Le marché immobilier helvétique a lui aussi bénéficié de l’évolution des taux d’intérêt. Soutenu par la hausse de la demande de logements due à l’immigration, le rendement s’est élevé en moyenne à 6% ces dix dernières années. Au bout du compte, la performance des caisses de pension a profité de la baisse des intérêts sur le marché des capitaux. 

Les plus grands défis restent toutefois à venir, que les intérêts demeurent bas encore longtemps ou qu’ils repartent à la hausse. Sur un horizon de placement de sept ans, le scénario de base de la Recherche d’UBS prévoit des rendements légèrement négatifs pour les emprunts obligataires sûrs en francs. Ce qui est une perspective décevante si l’on compare avec les rendements des portefeuilles d’obligations ces dernières années. Une hausse des intérêts est certes prévisible, mais très lente et à un niveau très modéré en comparaison historique. 

Dans un premier temps, le degré de couverture des institutions de prévoyance baisserait en raison des pertes de cours dans le portefeuille d’obligations. Certes, la plupart d’entre elles conservent leurs emprunts obligataires jusqu’à la fin de la duration et les pertes seraient principalement des pertes comptables. Cependant, les engagements feraient alors face à une baisse de la fortune, ce qui nuirait à leur santé et influerait négativement sur leur comportement futur en matière de placement. Les pertes de cours initiales seraient compensées à long terme par la hausse progressive des coupons.

Les actifs paient pour les retraités

Les rendements tout à fait satisfaisants du passé ont masqué jusqu’à présent le fait que, dans le régime obligatoire du 2e pilier (LPP), la forte augmentation de l’espérance de vie entraîne depuis des années une redistribution de plus en plus élevée des actifs vers les retraités. En 1948, à la création de l’AVS, l’espérance de vie d’un retraité est passée de 13 ans à plus de 23 ans aujourd’hui. Et de cinq ans depuis que le 2e pilier est obligatoire en 1985. 

Comme le taux de conversion minimum LPP de 6,8% est nettement trop élevé pour une période de perception de la rente aussi longue, près de 6,7 milliards de francs ont été redistribués par an ces dernières années sur les avoirs de vieillesse des générations actives au profit des retraités.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI




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