L’immobilier de luxe particulièrement touché par le Covid-19

mardi, 21.07.2020

Daniel Kalt* Et James Mazeau**

Daniel Kalt et James Mazeau

Cette année, le marché immobilier de luxe accuse un ralentissement marqué par rapport à 2019. Dans l’ensemble, le secteur du luxe enregistre une évolution nettement plus faible que la moyenne du marché global. Alors que le nombre de transactions d’objets hauts de gamme avait atteint un nouveau record l’an passé, cette frénésie d’achat n’est plus qu’un lointain souvenir.

L’impossibilité de visiter les biens et les restrictions imposées par le coronavirus aux notaires et aux registres fonciers ont compliqué la concrétisation des projets d’achat. Ainsi, le nombre de transactions de luxe jusqu’à fin mai dernier a reculé d’environ 15% sur une base annualisée par rapport à 2019.

Les résidences secondaires de ce segment, pour lesquelles la demande étrangère est quasiment au point mort du fait de l’interdiction d’entrer sur le territoire ont été plus particulièrement touchées.

Cologny en tête

Comme l’année précédente, les immeubles les plus chers de Suisse se situent toujours dans la commune de Cologny. Les prix dans le segment du luxe y dépassent 35.000 francs le m2. Une villa de 300 m2 habitables y coûte donc plus de 10 millions de francs.

Sur le marché des résidences secondaires, Gstaad et Saint-Moritz, communes touristiques riches d’une longue tradition, occupent les premiers rangs. Les biens de luxe s’y négocient à des prix allant jusqu’à 28.000 francs le m2.

Les chefs d’entreprise représentent une grande part de la demande de biens immobiliers de luxe. L’évolution de l’économie joue donc un rôle primordial pour ce segment. La crise du coronavirus se reflétera encore longtemps dans les valeurs des entreprises. Quelque 125.000 d’entre elles, soit plus d’une sur cinq, ont demandé un crédit-relais et accru ainsi leur endettement pour plusieurs années.

En conséquence, la propension à payer pour des biens immobiliers de luxe diminue dans un environnement économique atone. Plus le bien est cher et original, plus la prudence devrait être de mise. Mais les vendeurs de biens immobiliers de luxe peuvent actuellement se montrer patients au vu des taux d’intérêt historiquement bas et des coûts d’opportunité moindre.

Néanmoins, une personne pressée de vendre doit compter avec des baisses de prix. Tant que les attentes en matière de prix ne se seront pas adaptées à la réalité de la baisse de la solvabilité, la liquidité des biens immobiliers de luxe continuera de diminuer.

Explosion de l’endettement

La pandémie redistribue désormais les cartes du marché mondial de l’immobilier de luxe. Cette année, dans de nombreux pays européens, l’endettement va littéralement exploser. Compte tenu de la charge de la dette existante, les risques augmentent ainsi pour la zone euro. La perspective de (nouvelles) hausses d’impôts et l’horizon économique durablement plombé par l’incertitude réduisent l’attrait de l’immobilier de luxe en France et en Italie.

En revanche, les sites suisses axés sur les propriétés de ce même segment profitent à cet égard de leur solide position sur le plan fiscal et de l’appréciation à long terme du franc. Cela vaut probablement surtout pour l’Arc lémanique et pour les marchés des résidences secondaires, où la demande de biens immobiliers de luxe devrait légèrement augmenter à moyen terme.

Toutefois, en Suisse aussi, l’augmentation de la dette publique sera la conséquence à long terme de la crise du coronavirus. En ce qui concerne le choix de l’emplacement, l’état des finances publiques devrait devenir de plus en plus un indicateur décisif des futures hausses d’impôts. 

* Chef économiste Suisse
** Economiste, Chief Investment Office
UBS Global Wealth Management






 
 

AGEFI



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