L’illusion du sol intouchable

mercredi, 22.08.2018

Grégory Bovay*

Grégory Bovay

Le sol est un bien précieux dont l’usage doit tenir compte de la démographie croissante, du vieillissement de la population et de la structure contemporaine des ménages.

Le sol est une denrée rare en Suisse. Ses 40.000 km2 composés d’importants reliefs ne laissent que peu de place aux 8,5 millions d’habitants qui résident en grande majorité sur le Plateau. Avec plus de 200 personnes au kilomètre carré, notre pays se classe au 8e rang des pays européens les plus denses (hors les cités-Etats). A titre de comparaison, le Danemark, dont la taille est similaire à la nôtre, a une densité de 130 hab./km2 alors même que sa topographie est plus propice au développement urbain. Si cette emprise sur le sol est réelle, nous sommes encore loin des densités que l’on peut trouver dans certains pays d’Asie.

Les effets de l’initiative

En Suisse, l’accroissement constant de la population résulte d’un essor économique durable, créateur de richesses et d’emplois qui attirent inéluctablement entreprises et main-d’œuvre vers notre pays. Le niveau de développement et la qualité de vie ont pour conséquence une espérance de vie toujours plus longue, ce qui contribue aussi au développement démographique et à un usage accru du sol.

De plus, souvent oubliée dans les politiques de planification, la structure des ménages a un impact important sur le territoire et, notamment, sur la demande de logements. Depuis 1850, la population a triplé, mais le nombre de ménages a été multiplié par sept du fait de la modification des structures familiales qui voit les ménages de taille réduite proliférer. Au cours des prochaines décennies, l’Office fédéral de la statistique prévoit que le nombre de petits foyers continuera d’augmenter rapidement.

Face à cette situation, le besoin de surfaces à bâtir restera toujours important. Cela ne satisfait évidemment pas les milieux écologiques qui, à travers l’initiative «stopper le mitage - pour un développement durable du milieu bâti», souhaitent geler au niveau actuel l’ensemble des zones à bâtir, ceci sans limite de temps, et interdire toute nouvelle surface à bâtir si aucune autre de taille au moins équivalente et d’une valeur de rendement agricole comparable n’est déclassée simultanément.

La mise en œuvre de cette initiative aura pour effets une pénurie de terrain à bâtir et l’augmentation des prix des terrains; elle induira aussi des mesures strictes de densification urbaine, avec notamment l’obligation à terme de construire plus haut: nul doute que de telles mesures susciteront les hauts cris des initiants.

L’initiative omet enfin de tenir compte des mesures contraignantes issues de la révision partielle de la LAT et que sont en train de mettre en œuvre les cantons et les communes pour lutter contre le mitage et freiner l’utilisation de leur sol.

Une atteinte grave au système fédéraliste

On le sait, il n’y a pas de souveraineté sans territoire. En confisquant la planification territoriale aux collectivités publiques cantonales au profit d’une règle centralisatrice et indifférenciée, on porte une atteinte grave au système fédéraliste qui pourtant contribue de manière significative au bon développement de notre pays.

* Centre Patronal






 
 

AGEFI



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