Les atouts de la place bancaire suisse pour la fintech restent déterminants

jeudi, 09.01.2020

L’expertise informatique supérieure à la moyenne disponible et la présence de spécialistes en la matière sont des atouts qui font pencher la balance.

Werner E. Rutsch*

Werner E. Rutsch

La Suisse est en bonne voie pour devenir une plateforme de premier choix pour la fintech. Or, il est intéressant d’analyser les raisons de cette évolution fructueuse. La place financière, certes affaiblie depuis 2008 mais toujours puissante, constitue indéniablement une excellente base pour le développement de start-up innovantes et proches du monde de la finance. Mais l’expertise informatique supérieure à la moyenne disponible et la présence de spécialistes en la matière sont tout aussi importantes. 

Le développement remarquable de l’ETHZ et de l’EPFL, de même que l’implantation subséquente d’entreprises de pointe du numérique comme Google, y ont aussi fortement contribué. Mais des banquiers avec une affinité pour l’informatique ou des informaticiens intéressés par la finance ne font pas tout: des licornes potentielles comme Revolut, Transferwise et autres n’ont – hélas – pas leurs racines en Suisse. Quels sont les autres USP de la place fintech suisse pouvant être identifiés et devant être mis en évidence?

Si nous nous référons à la «Fintech Startup Map» établie avec soin et mise à jour régulièrement par Swisscom (334 entreprises en août 2019), les sociétés fintech peuvent être catégorisées simplement dans les domaines «gestion de fortune», «infrastructure bancaire», «octroi de crédit» et «systèmes de paiement». Rien de surprenant donc à ce que près de la moitié des start-up relèvent de la première catégorie «Investment Management» puisqu’il s’agit du cœur de métier de nombreuses banques. La gestion d’actifs a elle aussi gagné en importance. 

Données sauvegardées en Suisse

D’autres jeunes pousses prometteuses ont choisi de se concentrer sur la consolidation ou la professionnalisation du reporting, comme Altoo ou Etops. Elles proposent des prestations dépassant de loin ce que les banques prévoient avec leurs solutions Global Custody traditionnelles. A cet égard, il est intéressant de relever que les données sont sauvegardées en Suisse, où se trouvent les serveurs correspondants, ce qui est un avantage concurrentiel pour les clients asiatiques par exemple. Et l’importance de ce critère est souvent confirmée. Et voilà donc que les anciens atouts refont surface: stabilité politique, sécurité du droit, mais aussi devise forte sont, en plus de la fameuse éthique professionnelle, des arguments de vente essentiels, non seulement pour la place bancaire suisse traditionnelle mais aussi pour des start-up. Mentionnons en particulier que la réglementation, contrairement à ce qui est le cas dans d’autres domaines, suit au moins cette évolution. Rendons pour une fois justice à la Finma et aux autres autorités concernées.

Gestion de fortune institutionnelle

D’autres start-up se consacrent à l’octroi de crédits entre professionnels («peer-to-peer lending») ou la tokenisation (actifs) de valeurs patrimoniales. L’avantage spécifique de la Suisse pourrait à cet égard résider dans le fait que nous disposons d’un marché hautement développé pour la gestion de fortune institutionnelle: avec plus de 1000 milliards de fortune de prévoyance, la Suisse est même leader à l’échelon européen. Les fondations de prévoyance devraient donc bientôt elles aussi faire appel aux services de Ruvercap, Loanbox, Lend et consorts. Ce n’est qu’une question de temps.

* Membre de la direction, AXA IM Suisse






 
 

AGEFI




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