La finance durable impose progressivement ses codes

dimanche, 08.12.2019

L’Europe vient de s’accorder pour créer une classification des produits financiers «verts».

Catherine Reichlin*

Qui aurait pensé que le monde de la finance soit aussi créatif? Les acteurs actifs dans les Investissements Socialement Responsables (ISR) le démontrent quotidiennement au point qu’il devient difficile de s’y retrouver dans la jungle des acronymes et des libellés. Jusqu’à présent. 

La poussée des partis écologistes lors des élections européennes déploie des effets puisque l’Europe vient de s’accorder pour créer une classification des produits financiers «verts». Une volonté marquée de prendre l’initiative, à l’heure où la COP25 se réunit à Madrid et après le vide laissé par les Etats-Unis. Une manière officielle de lutter contre le «greenwashing» (vendre des produits comme durables alors que leur impact écologique est nul) et de s’accorder sur les définitions. Certains vont même plus loin. 

Une dimension environnementale

Cette classification permettra aux banques centrales de se focaliser sur des produits durables lors de programmes de rachat d’actifs. Une manière de réallouer le capital aux activités alignées avec les accords de Paris. L’ambition est au rendez-vous et, selon certains élus, ce sont les produits traditionnels qui devraient indiquer qu’ils n’ont aucun impact durable! Une façon de dire que les produits financiers devraient par défaut comporter une dimension environnementale. 

Maintenant reste à se mettre d’accord sur les définitions. La France et l’Allemagne plaident par exemple en faveur d’énergies qui émettent peu d’émissions carbone comme... l’énergie nucléaire et le gaz. Le ciment et l’acier, au vu de leur rôle dans la construction de parcs éoliens, seront probablement exclus des restrictions. Cette question de l’utilisation des ressources a récemment été mise en lumière à travers le franc succès de la première émission obligataire d’Intesa liée à l’économie circulaire. 

Le concept d’économie circulaire, mis en avant notamment par Ellen MacArthur à travers sa fondation, cherche à redéfinir la croissance en réduisant, réutilisant et recyclant afin de minimiser l’utilisation des ressources et diminuer la production à un minimum. 

Depuis 2015, Intesa est partenaire de la fondation et a créé une unité dédiée à l’économie circulaire à Milan, elle lui a alloué 5 milliards d’euros de facilités de crédits. Ces crédits sont destinés aux PME ayant besoin de financer des projets liés à l’économie circulaire. En partenariat avec la fondation, les entreprises dont les projets répondent à des critères spécifiques peuvent obtenir des prêts à des conditions préférentielles. Une soixantaine de prêts ont déjà été alloués. 

Un succès qui en dit long

Avec l’émission d’une obligation spécifiquement liée à ce programme, Intesa est passée à la vitesse supérieure. Le succès a été tel – 3,5 milliards d’euros sur les carnets d’ordres pour un emprunt de 750 millions d’euros à 5 ans – que les conditions d’émissions ont été resserrées au point que ces 750 millions d’euros ont été émis à des conditions plus serrées que les emprunts existants. 

Un succès qui en dit long sur l’intérêt croissant des investisseurs pour la durabilité et sur la créativité des émetteurs. La volonté politique de baliser cette jungle est donc d’autant plus bienvenue, souhaitons-lui de soulever le même enthousiasme.

*Responsable Recherche Financière chez Mirabaud & Cie SA






 
 

AGEFI




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