Brésil: perspectives peu réjouissantes

jeudi, 04.10.2018

L’essor du populisme ne surprend personne. Le premier tour de la présidentielle devrait qualifier le populiste d’extrême-droite Jair Bolsanaro.

Edwin Gutierrez*

Edwin Gutierrez

Le 7 octobre, l’élection présidentielle du Brésil aura lieu dans un contexte de corruption généralisée des politiques et d’effondrement de l’économie. Sous l’effet de ces deux facteurs, rarement les électeurs du pays auront été aussi divisés et mécontents. L’essor du populisme dans la plus vaste démocratie d’Amérique latine ne surprend donc personne. Le premier tour de l’élection devrait qualifier le populiste d’extrême-droite Jair Bolsanaro (dont le surnom «O Trumpinho» se répand dans le pays) et Fernando Haddad, du Parti des travailleurs, formation de gauche en disgrâce. Le second tour devrait être serré.

Jair Bolsanaro affiche le taux de rejet le plus élevé de tous les candidats. Il est honni de la plupart des minorités, sans parler des femmes (52 % de la population), qu’il offense régulièrement. En face, Fernando Haddad représente le parti qui domine le paysage politique brésilien depuis si longtemps, décrédibilisé par les enquêtes sur une vaste affaire de corruption ces dernières années.

Toutefois, le résultat du second tour procédera davantage d’un vote de rejet contre le candidat le plus détesté que d’un choix positif. Sur cette base, les électeurs vont probablement éliminer Fernando Haddad, qui incarne le statu quo, et lui préférer les promesses de changement radical de Jair Bolsanaro.

Différences majeures sur deux points

Des deux, Jair Bolsanaro est sans aucun doute le plus favorable au marché, moins pour la qualité de ses politiques (il admet son ignorance en économie) que parce qu’il n’est pas Fernando Haddad. Pour les investisseurs étrangers et brésiliens, deux points différencient les deux hommes: la réforme des retraites et les privatisations.

La réforme des retraites est capitale pour les finances publiques brésiliennes. Le plafonnement des dépenses signifie que le coût toujours croissant des pensions devient de moins en moins supportable.

Le prochain gouvernement se trouvera à court de fonds si le coût des retraites ne diminue pas. Or Fernando Haddad a promis d’annuler la réforme du président sortant Michel Temer. Ce n’est pas raisonnable.

Fernando Haddad s’est également engagé à mettre un terme au programme de privatisations lancé par Michel Temer, ce qui est tout aussi inapproprié: le Brésil est très lourdement endetté et la vente des actifs publics représente la manière la plus simple de rembourser ses créances.

La réforme des retraites est tellement cruciale que le nouveau président, quel qu’il soit, sera sans doute forcé d’agir. À ce stade, il apparaît que Jair Bolsanaro irait plus loin que Fernando Haddad en matière de retraites et de privatisations.

Les investisseurs étrangers et brésiliens détiennent très peu de positions sur le Brésil à l’approche du premier tour, comme le montre la chute constante des volumes de négociation des contrats à terme.

La situation rappelle la présidentielle mexicaine

Si Jair Bolsanaro l’emporte, cette tendance devrait s’inverser, les actifs brésiliens remontant en signe de soulagement. La situation rappelle la présidentielle mexicaine, lorsque les investisseurs s’étaient rendu compte que le populiste Andrés Manuel López Obrador n’allait pas se révéler aussi dangereux qu’on le craignait pour l’économie.
Paulo Guedes joue un rôle clé pour Jair Bolsanaro. Ancien banquier, il s’efforce de former le candidat aux questions économiques. Il est à l’origine du programme de réforme des retraites et de privatisations. S’il arrive à appliquer rapidement son programme, la prime de risque sur les actifs brésiliens commencera à reculer et l’investissement local, quasiment inerte depuis 2012, pourrait repartir.

Mais ce ne sera pas facile. Aucun candidat ne pourra se prévaloir d’une majorité forte et d’intenses tractations attendent Jair Bolsanaro s’il veut obtenir du Congrès le soutien nécessaire pour concrétiser rapidement sa réforme des retraites.
La tâche sera d’autant plus dure que, fort heureusement, les politiques sont devenus bien moins corruptibles.

Si Paulo Guedes ne peut faire appliquer son programme et qu’il démissionne (éventualité probable au vu des divergences d’idéologie politique avec son candidat), alors Jair Bolsanaro ne prendra plus de gants. Sans programme économique précis, il pourrait renouer avec sa nature profondément conservatrice en matière sociale, instaurant un nouveau passage à vide dans une période désastreuse pour le Brésil. En résumé, on peut espérer les réformes, mais il vaut mieux ne pas compter dessus.

* Responsable Dette Souveraine Marchés Émergents chez Aberdeen Standard Investments






 
 

AGEFI



...