Les valeurs technologiques face à de nouveaux risques

lundi, 01.07.2019

Cédric Spahr*

Les grandes sociétés technologiques ont largement contribué à la hausse des marchés ces dernières années. L’ouverture d’une enquête anti-trust aux USA par le Département de la Justice (DoJ) et la Federal Trading Commission (FTC) contre Apple, Alphabet, Amazon ainsi que Facebook pour un possible abus de position dominante fait écho à une  investigation contre Microsoft de 1998 à 2001.

Même si l’enquête contre Google en 2012 se conclut par une amende, la pression devrait perdurer jusqu’à la présidentielle de 2020. La lutte pour la suprématie dans les technologies de l’information entre les USA et la Chine incitera aussi les investisseurs à analyser soigneusement l’exposition de chaque société aux risques commerciaux avec la Chine.

Les valeurs des technologies de l’information prises dans un sens large ont constitué l’épine dorsale de la hausse boursière ces dernières années. Notre propos s’applique à toutes les entreprises des technologies de l’information et inclut par conséquent des valeurs classifiées dans d’autres secteurs boursiers comme Amazon, Alphabet et Facebook, dans la mesure où ces sociétés mettent en œuvre un modèle d’affaires digitalisé, dans lequel les coûts marginaux sont en général très faibles. Le rendement du capital investi augmente à mesure que la taille de l’entreprise s’accroît et favorise l’émergence de marchés oligopolistiques dominés par un petit nombre d’acteurs.

La décision conjointe prise aux USA par le DoJ et la FTC d’ouvrir des enquêtes anti-trust concernant un éventuel abus de positions dominantes par Apple, Amazon, Alphabet et Facebook montre que l’air du temps est en train de changer. Si le droit US reconnaît à une entreprise le droit d’atteindre une position dominante par des moyens licites, il ne tolère guère les comportements prédateurs qui menacent l’émergence de concurrents. Cette réflexion nous ramène à l’enquête anti-trust menée de 1998 à 2001 par le DoJ contre Microsoft. Ce dernier gagna son procès en appel et parvint à éviter un démantèlement de la société en deux unités. Le DoJ soumit néanmoins Microsoft à un nombre de règles contraignantes, qui de l’avis de nombreux experts ouvrirent des espaces pour de nouveaux acteurs: Google, Amazon et Facebook. Les investisseurs peuvent donc s’attendre à ce que l’enquête du DoJ accentue la pression sur certaines valeurs techs à risque et persiste jusqu’en 2020, même si il est aussi bon de rappeler que l’enquête contre Google en 2012 ne déboucha que sur une amende.

Nous abordons finalement les risques émergents dans le secteur technologique que pourrait déclencher une escalade de l’affrontement technologique entre les USA et la Chine. La production des iPhones destinés au marché US devrait quitter la Chine dans un avenir proche. Les valeurs de sociétés américaines fournisseuses du groupe d’équipement de télécoms Huawei, parmi lesquelles Qualcomm, Nvidia et Broadcom, ont par contre souffert en mai, à un moment où la demande globale de semi-conducteurs et de smartphones fléchit. Nous estimons que l’époque des investissements passifs dans les plus grosses capitalisations du secteur technologique arrive à son terme et que la prise en considération des risques spécifiques, tant juridiques que commerciaux, de chaque entreprise jouera un rôle croissant ces 12 prochains mois.

* Stratège actions, J. Safra Sarasin






 
 

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