Les trois missions des managers à l’ère digitale

dimanche, 28.06.2020

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

L’invention de la machine à vapeur a généré le développement de l’industrie. La mécanisation a créé un monde d’usines rapidement gérées selon les principes de l’organisation scientifique du travail. C’est la technologie qui a créé l’industrie. C’est l’industrie qui a créé le management. Un siècle plus tard, la révolution numérique produit les mêmes effets. 

Une industrie apparaît avec les besoins et les exigences qui lui sont propres. À l’organisation scientifique du travail succède l’agile. Ce mot est devenu commun et générique. Il désigne dans un cadre large des pratiques très variées ayant comme points communs les organisations du travail centrées sur les équipes autonomes, sur les interactions incessantes avec les clients et sur des cycles de développement courts. Sous couvert d’autonomie c’est la flexibilité et la rapidité que l’on recherche. Apparu dans l’industrie des logiciels, l’agile concerne désormais tous les secteurs d’activités. 

La première victime d’agile sont les managers. Ils ont perdu en moins de deux décennies leur statut, leur pouvoir et le contrôle. Si les managers n’ont pas totalement disparu, leur rôle traditionnel est en rapide voie d’extinction. La question qui se pose immanquablement est celle de la valeur créée par les managers dans cet environnement révolutionné. Parce que l’agile a besoin de managers. Ils sont essentiels à son fonctionnement. Mais les attentes qui pèsent sur eux sont totalement transformées. Pour reprendre l’expression d’Yves Morieux du Boston Consulting Group, «il faut remettre les managers au travail.» Les managers dont les entreprises ont besoin aujourd’hui sont les chefs d’orchestre de la flexibilité, les pilotes d’un système comportemental nouveau. Ils libèrent l’autonomie et les initiatives des salariés tout en assurant la productivité de la collaboration dans un cadre formel établi. 

La coopération, l’autonomie sont des moyens mis au service des équipes dans le but d’atteindre leurs objectifs. L’essence du management se concentre sur le sens et les objectifs donnés au travail, la définition des rôles et contributions de chacun au sein des équipes, l’allocation des ressources nécessaires et la définition des contraintes d’action. 

Yves Morieux définit trois nouvelles missions essentielles qui sont (1) encadrer l’action, (2) agir dans un but commun et (3) faire fonctionner l’organisation en ce sens. Encadrer l’action signifie définir les objectifs finaux et intermédiaires. C’est la feuille de route des équipes, qui pose le pourquoi du travail ensemble, et qui justifie la délégation et l’autonomie. La différence fondamentale avec l’ère précédente c’est que le manager n’intervient pas dans la définition des règles de travail ou du processus mis en œuvre par l’équipe. Il peut les y aider s’il est compétent dans ce domaine, mais ce n’est pas son job. Ne vous y trompez pas. La manager est actif, il intervient, il s’assure que l’équipe ne quitte pas son but des yeux, et travaille dans le cadre prescrit. Il veille à ce que l’équipe dispose des ressources dont elle a besoin, au premier rang desquelles figurent les compétences de ses membres. 

Le manager nouveau ne gère pas les hommes et les femmes, il gère les comportements. Il assure la dynamique positive de l’équipe, les interactions. Il joue ainsi sur la composition des équipes, les comportements individuels, les feedbacks collectifs et individuels. Manager c’est un rôle essentiel, mais dans un nouveau cadre et pour de nouvelles finalités.

* Président, EGMA






 
 

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