La dette italienne gagne à nouveau en attractivité

dimanche, 09.02.2020

Les titres italiens séduisent car, avec leurs homologues grecs, ils sont de loin les plus rémunérateurs.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

Victor Hugo a écrit que «les peuples, comme les astres, ont le droit d’éclipse. Et tout est bien, pourvu que la lumière revienne et que l’éclipse ne dégénère pas en nuit».

En Italie, l’éclipse politique n’a pas dégénéré en nuit et le marché obligataire transalpin profite du retour de la lumière. En effet, Matteo Salvini espérait porter un coup fatal au gouvernement de Giuseppe Conte lors des élections du 26 janvier en Émilie-Romagne. Mais la tentative ayant échoué, la probabilité d’une crise gouvernementale immédiate a été fortement réduite. Cette diminution du risque politique arrive pile au moment où le stock de dette à rendement négatif augmente à nouveau en Europe et intensifie la quête de rémunération. Certains spécialistes en déduisent que les primes de risques des BTP (titres gouvernementaux italiens) contre Bunds –proches des 130bp – pourraient se resserrer d’une trentaine de points de base d’ici la fin de l’année. 

Selon Bloomberg par ailleurs, d’importants fonds obligataires continuent à accumuler de la dette italienne bien que cette dernière affiche déjà une performance supérieure à celles des autres pays de la région. Les arguments avancés par les acheteurs se réfèrent aux manques d’alternatives pour la portion gouvernementale des portefeuilles européens. L’Italie offre des rendements positifs dès les échéances à 4 ans et, en l’absence de problèmes économiques majeurs, ni le resserrement des primes de risques ni le rallye actuel ne devraient connaître de revers brutal d’ici les trois prochains mois. La demande repose principalement sur la recherche de rendement et la confiance en la capacité du gouvernement à rester en place et éviter ainsi les tensions avec l’Union européenne en cas de reprise du pouvoir par la Lega de M. Salvini. 

Au fur et à mesure que le gisement d’emprunts à rendements positifs se rétrécit, les titres italiens gagnent en attractivité car, avec leurs homologues grecs, ils sont de loin les plus rémunérateurs. La proportion de dette offrant un rendement positif au sein de l’indice Bloomberg Barclays Euro Aggregate Treasury a reculé à 38%, contre 53% en fin d’année dernière. Cette situation a déclenché une frénésie d’achats sur le marché primaire au mois de janvier. Alors que l’Italie souhaitait lever 7 milliards d’euros à 30 ans, le carnet d’ordres a atteint 48 milliards. Il va sans dire que l’assouplissement quantitatif contribue également à cette tendance puisqu’en reprenant son programme d’achat, la BCE est redevenue un acheteur de poids. 

De là à dire que tous les feux sont au vert il n’y a qu’un pas. Pourtant, tous ne sont pas convaincus. L’optimisme est peut-être exagéré car si M. Salvini a perdu une bataille, il n’a peut-être pas perdu la guerre, d’autant plus que les différends au sein de la coalition gouvernementale ne manquent pas. Seulement voilà, les investisseurs souhaitant éviter les rendements négatifs suivent la lumière qui éclaire les BTP… à tort ou à raison.

* Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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