En perdurant, la pandémie de Covid-19 menace la reprise

mardi, 30.06.2020

OBLIGATIONS. Les symptômes de reprise sont éclipsés par l’inquiétant rebond des cas de contaminations aux Etats-Unis.

François Christen*

Une «deuxième vague» de Covid-19 provoque des remous sur les marchés financiers et la résurgence d’un climat «risk off» qui bénéficie aux actifs les moins risqués comme les obligations gouvernementales. En réalité, le diagnostic de deuxième vague est abusif à l’échelle mondiale: la maladie n’a jamais cessé de se propager et vient de franchir 10 millions de cas confirmés et 500.000 décès. Mais Wall Street et les marchés financiers qui gravitent dans son orbite accordent un poids accru à la situation épidémiologique aux Etats-Unis où le rebond des cas confirmés est évident et inquiétant (plus de 40.000 cas quotidiens actuellement). 

Irrité et malmené selon plusieurs sondages, Donald Trump impute la recrudescence des cas de Covid-19 à l’augmentation de nombre tests, qui serait malvenue. A ce jour, le rebond du nombre d’infections ne s’est pas accompagné d’un rebond des hospitalisations et des décès qui ont continué à fléchir, mais un décalage temporel est normal dans ce contexte. Il faudra surveiller donc attentivement l’évolution de ces variables qui pourraient se révéler décisives pour le comportement des marchés financiers et de l’évolution de l’activité au second semestre. 

Une reprise tranchée

Une deuxième vague d’hospitalisations et de décès impliquerait de nouvelles restrictions et pourrait faire des dégâts considérables sur le marché des actions. Le pire n’est toutefois pas certain, et il est permis d’espérer que les mesures pondérées prises dans les Etats où la pandémie s’aggrave (Floride, Texas, Californie, Arizona…) porteront leurs fruits. En outre, le déclin de la moyenne d’âge des cas détectés suggère que les courbes d’infection et d’hospitalisation/décès pourraient continuer à diverger. Bien que la crise sanitaire ne soit pas surmontée, la situation n’est pas désespérée au point de remettre en question le redémarrage de l’activité qui a débuté en mai.

Les indicateurs publiés la semaine passée mettent en lumière une reprise tranchée. Les PMIs dévoilés par Markit ont poursuivi leur rebond en juin (49,6 après 39,8 du côté manufacturier, 46,7 après 37,5 quant aux services). La confiance des consommateurs s’est nettement améliorée (78,1 en juin après 72,3 en mai) et les commande de biens durables affichent un rebond spectaculaire (15,8% en mai) tout en restant loin des niveaux observés un an auparavant (-21,4% en glissement annuel). Les demandes d’indemnités de chômage sont stables, aux environs de 1,5 million, tandis que le nombre total de chômeurs indemnisés a fléchi de 20,5 à 19,5 millions de personnes.

Eclipsés par le rebond des cas de Covid-19 dans plusieurs Etats, ces indicateurs n’ont pas empêché un reflux des taux d’intérêt en dollars US. Le rendement du T-Note à dix ans a cédé 4 points de base pour s’établir à 0,64%, après avoir brièvement atteint 0,9% au début de juin.

En Europe, les rendements en euros demeurent sous pression en raison des craintes de résurgence pandémique. Le rendement du «Bund» à dix ans est quasiment inchangé à -0,47%. En plus de la crainte d’une «deuxième vague» aux USA, l’émergence d’un foyer infectieux réclamant des restrictions dans une région allemande a éprouvé la confiance des investisseurs et motivé des prises de profits sur les actions.

Des indices en progression

Les indicateurs récents reflètent généralement un renforcement de l’activité. L’indice IFO du climat des affaires en Allemagne affiche un rebond marqué de 79,7 en mai à 86,2 en juin à la faveur d’un regain d’optimisme. A l’échelle de la zone euro, le PMI consacré aux services a repris 17 points en juin (47,3 après 30,5), tandis que le PMI dévolu au secteur manufacturier a progressé de 39 à 46,9. L’indice du «sentiment économique» de la Commission européenne a enregistré en juin sa plus forte hausse en gagnant 8,2 points pour s’établir à 75,7. Ces chiffres sont compatibles avec un fort rebond de la croissance au troisième trimestre, pour autant que la situation sanitaire le permette, ce qui n’est pas certain au regard des développements récents. Hors zone euro, on retrouve le même schéma: des indicateurs conjoncturels bien orientés sont éclipsés par les craintes de résurgence de la pandémie. 

En phase avec les actions, les primes de risque de crédit associées aux obligations d’entreprises ont légèrement augmenté au cours de la semaine écoulée. Le «spread» moyen s’établit à 1,6% pour la catégorie «Investment Grade» et à 6,4% pour les emprunts plus spéculatifs de catégorie «High Yield» (G-spread). Sur le marché primaire, l’activité est très soutenue et l’accès aux capitaux semble aisé grâce à l’activisme des banques centrales.

* Banque Profil de Gestion à Genève.






 
 

AGEFI



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