L'initiative contre le mitage rejetée

dimanche, 10.02.2019

Les Suisses ont rejeté l'initiative populaire des Jeunes Verts contre le mitage du territoire. Les initiants refusent de parler d'une campagne manquée, les opposants critiquent leur impatience.

Les Suisses ont rejeté l'initiative populaire des Jeunes Verts contre le mitage du territoire à 63,7%. (Keystone)

L'initiative contre le mitage voulait aller trop loin trop tôt, selon ses opposants, alors que les bases légales existent déjà. Pour les initiants, elle a eu le mérite de mettre l'aménagement du territoire au coeur du débat public.

Pour le coprésident des Jeunes Verts Kevin Morisod, il est trop tôt pour parler d'une "campagne manquée". Les discussions autour de l'initiative vont nourrir la discussion sur la nouvelle loi sur l'aménagement du territoire, précise le jeune vert.

L'initiative contre le mitage aura toutefois eu trop d'opposants pour s'imposer, regrette-t-il dans une interview à la RTS. Il y a eu une "large alliance contre cette initiative" qui n'était dotée que d'un petit budget de campagne.

Les Jeunes Verts se sont retrouvés un peu isolés pour défendre leur texte. Le PS a toutefois regretté à l'issue de la votation ce rejet par le peuple. Il a appelé urgemment à trouver "des solutions efficaces, même après ce refus", déclare Carlo Sommaruga, conseiller national (GE) dans un communiqué du parti.

Également dans le comité de soutien à l'initiative, le conseiller national Thomas Hardegger (PS/ZH) relève des lacunes dans la loi sur l'aménagement du territoire. "Les pertes de territoire continueront à être encouragées. Une correction s'impose", estime-t-il. "Notre texte a permis de maintenir le débat", se réjouit M. Morisod.

L'Association transports et environnement regrette aussi le résultat. Elle entend veiller à ce que le Conseil fédéral, tout comme les instances judiciaires, appliquent "rigoureusement" la loi sur l'aménagement du territoire.

"Enorme bataille" à venir

Pour le conseiller national Thomas Egger (PDC/VS), dans le comité des opposants à l'initiative, ce net refus démontre une fois de plus que l'électorat ne veut plus d'initiatives radicales qui ne peuvent pas être mises en œuvre. "La loi sur l'aménagement du territoire tente déjà de freiner l'étalement urbain", a ajouté M. Egger. Toutefois, "il y aura une énorme bataille avec les communes lorsqu'il s'agira de dézoner les zones à bâtir ", prévient-il.

La population a déjà montré sa sensibilité au problème de l'aménagement du territoire lors des précédents votes, selon la conseillère d'Etat vaudoise Jacqueline de Quattro. Il est clair que les Suisses veulent lutter contre le mitage du territoire pour maintenir la qualité de vie dans le pays, souligne le conseiller national Jacques Bourgeois, directeur de l'Union suisse des paysans (USP).

L'initiative était pourtant "trop extrême, trop radicale" et le peuple s'en est bien rendu compte, analyse le Fribourgeois. Elle aurait figé le développement économique du pays. "On ne peut pas faire un arrêt sur image", précise M. Bourgeois à Keystone-ATS.

D'autant plus que la population est encore appelée à croître dans le futur. Les bases légales existent déjà, précise-t-il, ce qu'il attend désormais c'est qu'elles soient mises en oeuvre. Les instruments sont notamment déjà en place pour la densification et il faut continuer leur mise en application.

Pression des Vert'libéraux

Les Vert'libéraux saluent le rejet de l'initiative, qui selon eux n'aurait eu presqu'aucun effet. "Le bon instrument pour rendre l'aménagement du territoire plus durable sera la législation sur l'aménagement du territoire", selon leur vice-président, le conseiller national zurichois Martin Bäumle. Toutefois, le rejet du texte des Jeunes Verts ne doit pas être interprété comme un encouragement à la poursuite de la politique actuelle.

Si la loi sur l'aménagement du territoire continue à être mise en œuvre de manière insuffisante et si sa révision n'apporte pas les mesures nécessaires en dehors de la zone à bâtir, les Verts'libéraux soutiendront une autre initiative plus efficace.

Le PLR se dit pour sa part ravi que le "suractivisme" du PS et des Verts se soit heurté à une nette opposition. Après le rejet de cette initiative "contre-productive", ses élus vont analyser si de nouvelles mesures sont vraiment nécessaires et efficaces.

Pour le conseiller national PLR Christian Wasserfallen, les Jeunes Verts ont commis des erreurs dans leur argumentation. Ils n'ont pas pris pas en compte que les réserves de terrain à bâtir se trouvent surtout en zones vertes. La pression en faveur de nouvelle construction aurait fortement augmenté dans ces régions. Une autre erreur est que le zonage aurait dû aussi être fait dans les régions périphériques. Un échange de terrains entre communes ou même entre cantons était pourtant illusoire, selon M. Wasserfallen.

L'UDC se réjouit de l'échec de "ce projet excessif" qui "n'apportait aucune solution valable", dans un communiqué. Pour parti, la seule solution viable contre le mitage passe par une réduction de l'immigration. (awp)






 
 

AGEFI



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