Dette privée: quels segments présentent encore un intérêt?

mercredi, 30.10.2019

Les stratégies opportunistes constituent une alternative intéressante et offrent un potentiel de rendement supérieur.

Christian Stracke*

Christian Stracke

L’accentuation des inquiétudes liées à la conjoncture alimente par corollaire les craintes d’une surchauffe potentielle du marché des obligations d’entreprises. Le volume du marché a par exemple atteint un plus haut historique pour les obligations d’entreprises à haut rendement au terme de dix années d’essor économique. Parallèlement, le marché de la «dette privée», relativement jeune, a connu une croissance rapide et s’est érigé comme une alternative au marché des obligations d’entreprises publiques. Les profils de crédit des émetteurs se sont par ailleurs détériorés sur la période et le niveau d’endettement moyen a atteint un record. Une dégradation de la conjoncture et une décollecte des investissements assortis d’une note faible, conjointement avec la baisse des liquidités disponibles via les banques, pourraient donc entraîner des fluctuations significatives sur le marché des obligations d’entreprises.

Dans le passé, l’octroi de crédit aux moyennes entreprises était dominé par les banques d’affaires dotées de processus établis dans ce domaine. Ces dernières ont connu un recul marqué après la crise financière et suite à l’imposition de directives réglementaires plus strictes au cours des dix dernières années. Aujourd’hui, les acteurs tels que les fonds de type fermé ouverts au public ou les fonds de «direct lending» jouent un rôle nettement plus important dans l’octroi de crédit. Toutefois, ils recourent souvent au capital étranger afin d’augmenter leurs rendements et sont tenus de respecter des directives en termes de qualité et de notation des crédits de portefeuille. La détention de crédits faibles ou en souffrance et la participation aux restructurations ne présentent donc généralement aucun intérêt pour ces investisseurs.

Nous anticipons par conséquent des distorsions de prix induites par les ventes si, par exemple, la qualité et la notation des crédits détenus par ces derniers se détériorent suite à un ralentissement conjoncturel. Même dans un environnement de marché favorable, il est généralement difficile de négocier les crédits privés sur le marché secondaire en raison de leur transparence limitée. Ils devraient néanmoins offrir des primes d’illiquidité supérieures en cas de ralentissement du marché.

Toutefois, c’est précisément dans un tel contexte que les stratégies opportunistes de certains segments du marché de la dette privée, tels que les titres d’entreprises connaissant des problèmes plus ou moins prononcés (titres stressed et distressed), axés sur des obligations en difficulté ou des situations plus complexes, constituent une alternative intéressante. La performance de ces stratégies dépend souvent davantage de la sélection des émetteurs que de l’évolution générale du marché des titres de créance publics. Elles offrent aux investisseurs un potentiel de rendement supérieur et une certaine diversification au sein d’une allocation aux investissements obligataires ainsi que la possibilité de déceler des opportunités d’investissement dans les phases baissières du marché et en cas de problèmes spécifiques aux entreprises. Par conséquent, elles affichent généralement aussi une corrélation moindre aux marchés des obligations d’entreprises publiques.

* Global Head of Credit Research, Pimco






 
 

AGEFI




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