Les économistes anticipent un nouveau ralentissement mais pas une récession

lundi, 19.10.2020

Les spécialistes des questions macroéconomiques et conjoncturelles pensent que les leçons de la première vague ont été tirées. Des questions douloureuses seront néanmoins inévitables.

Christian Affolter

«Du côté de la consommation, le mouvement de rattrapage est intact, même s’il s’affaiblit lui aussi», selon un expert de UBS

Tout s’est accéléré en une semaine: le nombre de personnes contaminées par la Covid-19 a connu une hausse continue. Puis, le Conseil fédéral a édicté dimanche de nouvelles règles, tout en recommandant le travail à distance. Désormais, un nouveau ralentissement de l’économie est redouté, alors que les dernières prévisions conjoncturelles du Seco laissaient entrevoir, il y a encore quelques jours, des perspectives meilleures qu’esquissées en juin (-3,8% pour 2020 au lieu de -6,2%).

«Nous avons amélioré nos prévisions en raison d’un mouvement de reprise nettement plus vigoureux qu’anticipé après le confinement, précise Ronald Indergand, responsable Conjoncture du Seco. Ce fait est toujours établi, et notre pronostic escompte déjà des mesures modérées. Mais bien entendu, les risques négatifs ont augmenté.»

Mardi, les économistes sondés par le KOF ont eux aussi relevé leur prévision pour cette année, de -5% à -4,2%. Pour 2021, en revanche, la croissance sera moins forte, n’atteignant plus que 3,3% au lieu de 4,2%.   

Les branches les plus touchées – hôtellerie, restauration, spectacles, transports – devraient à nouveau subir des reculs sensibles. Cela sera probablement abordé lors de la table ronde entre le conseiller fédéral Guy Parmelin et des représentants de l’économie ainsi que des syndicats. 

Pour le directeur du KOF, Jan-Egbert Sturm, des scénarios similaires à ceux de ce dernier printemps sont plutôt improbables. «Le Conseil fédéral, mais aussi la société dans son ensemble ont tiré les leçons de la première vague. Cette fois-ci, les mesures sont renforcées, mais il ne s’agit pas encore d’une fermeture totale.» Une analyse que partage Alessandro Bee, Head of CIO Macro & Strategy Switzerland de UBS: «Dans notre scénario de base, il y aura certes un ralentissement de la reprise, mais pas une nouvelle tombée en récession. La demande de l’étranger ne s’effondre pas non plus comme au printemps, malgré une diminution. Du côté de la consommation, le mouvement de rattrapage est intact, même s’il s’affaiblit lui aussi.»

Cependant, selon Jan-Egbert Sturm, «l’Etat et la société doivent réfléchir à la manière de traiter les perdants de la pandémie. Ceux-ci disposent encore de la réduction de l’horaire de travail (RHT), mais de nouveaux crédits Covid ne sont pas à exclure. La situation reste différente de ce que nous avons connu jusqu’à présent. Je rappelle que l’industrie ne produit toujours pas à pleine capacité. Cela est plutôt une question d’investissements. Les entreprises n’ont pas pu constituer les réserves nécessaires, et l’Etat pourrait jouer un rôle afin de favoriser une meilleure exploitation des capacités.» 

Ce qui n’empêche pas qu’il faudra se poser des questions douloureuses, selon Alessandro Bee. Il observe toujours plus une «séparation de l’économie en deux parties : celle dont les affaires se stabilisent, et celle où les conditions difficiles perdurent. Même en cas d’un nouveau soutien gouvernemental, il faut se demander si les entreprises actives dans les branches particulièrement concernées disposent de suffisamment de ressources pour tenir à long terme. Au dernier trimestre 2020, nous pourrions déjà voir une hausse du nombre de faillites d’entreprises dont les espoirs de reprise pour 2021 au plus tard ont été déçus.»

«D’un point de vue macroéconomique, les mesures prises jusqu’ici sont adaptées. J’en veux pour preuve qu’il n’y a pas de surmortalité d’entreprises, explique Ronald Indergand du Seco. Du côté du tourisme, il faut être conscient que les voyages longue distance ne reviendront pas avant quelques mois, voire des années. Dès lors, un changement structurel semble s’y préparer.»

Jan-Egbert Sturm a aussi constaté que, au sein d’un même secteur, les évolutions des affaires peuvent être très hétérogènes. Par exemple, un fabricant de sacs en textile destinés à des voyageurs se retrouve tout près de zéro. «Mais les sacs en textile d’un autre entrepreneur, pour être accrochés à des vélos, marchent extrêmement bien, puisque ce moyen de transport est en plein essor», souligne l’expert.






 
 

AGEFI



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