Crédit d’entreprises, logement et prochaine récession

mercredi, 19.02.2020

Les segments les plus risqués du marché du crédit pourraient mener à un fléchissement conjoncturel.

Joachim Fels*

Joachim Fels

Cette fois-ci, ce sont les segments les plus risqués de la dette corporate et non le marché du logement qui pourraient déclencher le prochain ralentissement conjoncturel.

Voici plus de dix ans, une crise financière provoquée en partie par l’explosion d’une bulle du crédit immobilier avait fait plonger l’économie américaine en récession. Quelle pourrait être la cause du prochain fléchissement conjoncturel?

Reconnaissons-le: les économistes ne se sont jamais montrés très doués pour prévoir une récession, sans parler de leur incapacité à en identifier l’élément déclencheur. Des événements inattendus, comme l’apparition du coronavirus, peuvent semer le chaos sur les marchés et dans l’économie en général.

Néanmoins, si notre scénario de base table sur une période de faiblesse suivie d’une reprise modérée en 2020, il convient de se demander ce qui pourrait mettre fin à l’expansion américaine, qui en est à sa onzième année, un record.

En 2017 et 2018, en partie à cause d’une augmentation notable des prêts non bancaires aux petites et moyennes entreprises américaines qui ne pouvaient pas obtenir de crédit auprès des banques, la dynamique du crédit aux entreprises (c’est-à-dire la variation des flux de crédit, qui est fortement corrélée à la croissance du PIB) s’est accélérée de façon spectaculaire. Ces entreprises ont bénéficié de la forte croissance mondiale et des mesures de relance budgétaire aux États-Unis et ont été à l’origine de l’accélération de la croissance de l’emploi dans le secteur privé. Mais en 2019 la croissance du PIB est passée de 3% à 2% et l’activité de crédit privé s’est interrompue. De plus, les banques ont durci leurs conditions de prêts commerciaux et industriels.

D’après les chiffres de la Réserve fédérale, le marché du crédit privé pèse environ 2000 milliards de dollars, soit 9% du PIB américain. Un ralentissement de ce moteur de croissance du crédit semble par conséquent gérable dans un environnement caractérisé par un marché du travail et une consommation des ménages robustes.

En revanche, si la croissance continue de ralentir en 2020 au lieu de se redresser en cours d’année comme dans notre scénario de base, les segments les plus risqués du marché du crédit seraient vulnérables. Le crédit privé, les prêts à effet de levier et la dette à haut rendement sont concentrés dans des entreprises très cycliques et présentant un profil de crédit plus risqué. 

Par ailleurs, malgré de solides fonds propres, l’évolution de la réglementation suite à la crise incite les banques à rationner le crédit lorsqu’un ralentissement se profile à l’horizon. Les prêts spéculatifs représentant actuellement environ 35% du PIB, les tensions dans ces secteurs seraient plus que suffisantes pour contribuer à une récession.

Encore une fois, notre scénario de base table sur un redressement de la croissance en 2020. L’«accélérateur financier» ne se déclencherait donc pas et n’entraînerait pas un cycle de défaillances et une récession. Cette fragilité du crédit aux entreprises mérite néanmoins une attention particulière, surtout si la croissance devait être inférieure à nos attentes et s’écarter des prévisions du consensus cette année.

Contrairement à la récession de 2008-2009, qui a eu pour origine des défauts de paiement sur des prêts hypothécaires risqués liés à un secteur immobilier en plein boum, nous nous attendons à ce que le marché du logement soutienne l’économie américaine cette année et au-delà. À la suite de la baisse des taux hypothécaires en 2019, les ratios achat/location et remboursement/revenus ont retrouvé leurs niveaux de novembre 2016. De plus, les exigences liées au profil de crédit des ménages candidats à un emprunt hypothécaire se sont assouplies.

Parallèlement, l’excédent de logements construits avant la crise a finalement été absorbé et les États-Unis doivent à présent faire face à une raréfaction généralisée de l’offre. Le nombre de logements vacants et les stocks sont à leur plus bas niveau depuis 2000, tandis que le taux de formation de ménages se redresse à nouveau, plaidant pour une augmentation des investissements nécessaires à la croissance du parc immobilier. Notre équipe spécialisée dans le crédit hypothécaire prévoit une appréciation de quelque 6% des prix des logements aux États-Unis au cours des deux prochaines années. 

*Conseiller économique Monde, Pimco






 
 

AGEFI



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