Le cycle de l’inflation suisse a atteint son pic

jeudi, 01.11.2018

Les rythmes de croissance stratosphériques enregistrés en 2017 et au premier semestre 2018 appartiennent au passé.

Marc Brütsch*

L’indice des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier constitue l’un des meilleurs indicateurs des dynamiques de croissance pour la plupart des pays développés. Concernant la zone euro, son message est clair: on voit un net ralentissement des dynamiques industrielles - le haut de cycle a été atteint à la fin de 2017. Les prévisions de PIB ont donc été revues en baisse dernièrement: en avril, le consensus tablait encore sur 2,4% de croissance annuelle en 2018 alors que nous attendions 2,1%. Aujourd’hui, le consensus est à 2,1%, tandis que nous prévoyons dorénavant 2,0%. En ce qui concerne la Suisse, au-delà du sursaut temporaire des prix de l’énergie, le cycle de l’inflation suisse a atteint son pic.

Le Rhin à sec renchérit le pétrole en Suisse

Les rythmes de croissance stratosphériques enregistrés en 2017 et au premier semestre 2018 appartiennent au passé. Plusieurs facteurs favorables à l’activité s’estompent à peu près en même temps: la remontée synchronisée du cycle mondial ralentit, comme le montrent les indices des directeurs d’achats (PMI) des pays voisins. Le mois dernier, le PMI suisse a reculé sensiblement, de 64,8 à 59,7 points, confirmant l’information déjà communiquée par le centre de recherches conjoncturelles KOF. D’après les chiffres de ce dernier, le nombre d’entreprises prévoyant une hausse de leurs commandes au cours des trois prochains mois serait en recul constant depuis janvier. En outre, l’immigration nette en Suisse continue de ralentir en 2018, ce qui signifie que son effet d’entraînement sur la dynamique de l’activité domestique s’amoindrit. Par rapport à la moyenne des années 2013 à 2015, le solde migratoire de la Suisse pour cette année devrait totaliser environ 33.000 personnes de moins, soit à peu près l’équivalent de la population de la ville de Neuchâtel.

L’inflation de septembre fut inférieure aux attentes, le franc fort ayant modéré les prix des importations. On ne pourra pourtant pas abaisser l’estimation pour l’année 2018 en raison de la hausse des prix de l’énergie constatée jusqu’à mi-octobre. Si cette composante augmente partout dans le monde, elle croît de manière disproportionnée en Suisse, où les coûts de transport se sont envolés à cause du très bas niveau du Rhin. Le prix du fioul domestique a ainsi augmenté de 10% en un mois en octobre. Cet effet est temporaire et, plus vite le Rhin retrouvera un niveau normal ou les prix de l’énergie se tasseront, plus vite l’inflation totale s’assagira. Au-delà de la volatilité des prix de l’énergie, l’hypothèse d’un léger recul des coûts de location des logements a conduits à abaisser l’estimation pour 2019.

Croissance insuffisante dans la zone Euro

Quelle différence en un an! Il y a 12 mois, l’optimisme semblait de retour dans la zone euro. La croissance du PIB dépassait le potentiel de la région et le marché du travail s’améliorait dans tous les pays membres. Un an plus tard, de vieux problèmes ressurgissent: la dynamique de croissance a notablement ralenti depuis le printemps, avec une érosion continue de l’indice des directeurs d’achats depuis le dernier trimestre 2017. En Italie, où un gouvernement populiste attaque de manière inédite les règles budgétaires de l’Union européenne, l’indice des directeurs d’achats dénote une stagnation de la production manufacturière. Vu la hausse du coût du crédit pour le secteur privé italien, la projection de croissance officielle de 1,5% en 2019 semble hors d’atteinte. On peut donc conserver les estimations prudentes pour toute la zone euro. La publication du PIB du troisième trimestre le 30 octobre montrera dans quelle mesure la croissance a ralenti au cours de l’été. Alors que le consensus table sur une croissance trimestrielle de 0,4%, on pourra attendre un ralentissement à 0,3% sur cette même base, qui coïnciderait avec le taux de croissance potentiel de la région, d’environ 1,2% pour l’année.

L’inflation totale de 2,1% peut laisser croire que la Banque centrale européenne, ayant manqué son objectif d’inflation «proche de 2%, mais inférieur», va aller plus loin que l’abandon de ses achats d’actifs pour normaliser sa politique monétaire, et envisager une hausse des taux sans trop tarder. Mais les investisseurs n’y croient pas vraiment: en janvier 2017, Mario Draghi avait cité les conditions requises pour que la BCE atteigne finalement son objectif d’inflation sur une «base auto-entretenue». Tant que l’énergie contribuera pour près de moitié à l’inflation annuelle, le critère de tendance «auto-entretenue» ne sera pas rempli. En outre, le nouvel indicateur de mesure de la pression inflationniste domestique est remonté avec la reprise de la croissance des salaires.

* Chief Economist, Swiss Life Asset Managers






 
 

AGEFI



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