Les risques d’impacts délétères sur un tissu économique performant

jeudi, 14.11.2019

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen

Au chapitre des bonnes de bonnes nouvelles, je vous conseille la lecture de l’article de Ruchir Sharma du 2 novembre, paru dans le New York Times, et intitulé «The Happy, Healthy Capitalists of Switzerland. Forget Scandinavia. Switzerland is richer and yet has a surprisingly equal wealth distribution». L’auteur y fait une comparaison entre les pays scandinaves et la Suisse, qui tourne à l’avantage de cette dernière, en expliquant que l’économie helvétique pèse 700 milliards de dollars, ce qui en fait une des vingt plus importantes au monde, que c’est la deuxième nation la plus riche au monde après le Luxembourg, avec un revenu annuel moyen de 84.000 dollars par personne, soit 20.000 de plus qu’en Scandinavie.

Comment le pays atteint-il ces résultats? Grâce à la création de produits à très haute valeur ajoutée qui s’exportent très bien, à un système médical et social performant, à la quasi gratuité de la formation académique, à des formations tertiaires à la qualité mondialement reconnue, etc. Bref, cet article est une ode à la Suisse, et son auteur n’est qu’admiration. 

Vu de Suisse et d’Europe, pourtant, les voix sont beaucoup plus critiques. Ainsi, l’OCDE souligne que les salaires réels baissent en Suisse depuis 2017 et elle s’en inquiète. Qu’en est-il? Sur une durée de dix ans, les salaires réels ont augmenté. Cela dit, on observe une tendance à la modération salariale en Suisse. Alors que les salaires nominaux augmentent avec une stabilité remarquable depuis la crise financière de 2008, le rythme d’inflation influence différemment les salaires réels. En baisse ces deux dernières années, ils ont souffert d’une inflation en légère reprise. Le taux de chômage a continué à baisser, atteignant des taux historiquement bas, ce qui montre que les entreprises ont privilégié les créations d’emplois. C’est une bonne chose.

A Genève, l’analyse des salaires est particulièrement intéressante. Le salaire médian mensuel s’élevait à 7278 francs en 2016 (derniers chiffres disponibles), avec une forte différence entre secteurs public (8927 francs) et privé (6726 francs). Ces chiffres n’ont que peu évolué au fil du temps. En 2008, le salaire médian était de 7202 francs. Alors que le secteur public a connu une hausse constante ces huit dernières années, avec une augmentation médiane de 703 francs, l’évolution en dents de scie dans le secteur privé s’est soldée par une perte de 75 francs en huit ans. Le niveau des salaires et leur évolution varient également en fonction de la branche économique, allant d’un salaire médian de 11.478 francs dans les services financiers et activités auxiliaires des services financiers et d’assurance à 4258 francs dans l’hébergement et la restauration. 

L’auteur du New York Times a raison de noter que les salaires suisses sont très élevés en comparaison internationale. De plus, ils restent globalement stables et ne réagissent pas immédiatement à la conjoncture, évoluant dans un temps plus long. C’est une bonne chose, puisque cela permet d’éviter des baisses drastiques de salaire à chaque fois que le PIB se porte moins bien. Les bonnes années compensent ainsi les mauvaises. 

Aujourd’hui, la Suisse se trouve dans une période d’incertitudes économiques liée majoritairement à l’environnement international: guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, Brexit, accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne en discussion. Les entreprises doivent anticiper et rester attentives. 

Ce que l’article américain ne dit pas, c’est l’importance de conditions cadre attractives pour les entreprises. Avec la présence de treize des cent plus importantes entreprises européennes sur son petit territoire, et un tissu extrêmement denses de PME, qui emploient deux personnes sur trois, il faut se méfier d’initiatives comme celles sur les entreprises responsables ou sur la limitation de l’immigration qui auraient des impacts délétères à long terme sur le tissu économique suisse.

* FER






 
 

AGEFI




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