Les révolutions industrielles réinventent la société: les objets

lundi, 13.08.2018

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

L’évolution des sociétés avance par à coup. Elle est souvent dictée par les grandes découvertes technologiques comme l’imprimerie, la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité ou encore l’électronique. Mais ce qui change à chaque fois, c’est notre rapport aux autres et à la société (lois et institutions) mais aussi aux objets, outils ou machines. Ainsi le rapport de l’homme à l’outil est évidemment central dans cette évolution. On pourrait même qualifier les quatre révolutions industrielles par quatre marqueurs montrant nos nouveaux rapports aux machines et aux objets.

D’abord, la «machine à vapeur» va produire de l’énergie à volonté pour la production et les transports de l’homo-industriel. Le chemin de fer sera l’objet révolutionnaire de cette époque. Puis la «machine-outil» va amplifier la force et les mouvements de la main de l’homme. La production automobile à la chaîne (la Ford T) en sera le marqueur. Puis viendra l’électronique d’après-guerre et l’automatisation. La programmation: c’est la naissance de la «machine à commande numérique» et des «robots». L’intelligence artificielle et le «machine learning» prennent aujourd’hui le relais. On assiste à l’émergence de machines et d’objets capables de s’autoprogrammer! Ainsi on pourrait s’imaginer que la machine va libérer petit à petit l’homme des tâches de production. La boucle est bouclée. L’homo-cognitif pourra retourner à la nature et se promener. Le «Jardin d’Eden» se fabrique à nouveau sous nos yeux. Bien sûr ce n’est qu’une parabole. La réalité est plus complexe.

Bref récit d’une nouvelle émancipation.
Les données sont au centre de la transformation. Elles sont produites en quantités

inimaginables par ces nouveaux objets. On peut même dire que les Big Data sont nés avec les smartphones. Personne n’en parlait auparavant car il n’y en avait pas autant. Maîtriser ce flot de données sera confié aux «data scientist» qui sont en train de surgir. Ils s’appuieront rapidement sur des procédures d’automatisation empruntées à l’intelligence artificielle.

Dès lors que l’auto-programmation devient la règle comme pour la voiture autonome, les assistants numériques (Siri, Alexa, Google Now, etc.), les drones de guerre, les applications de santé «augmentée» ou encore la machine-outil, on change de monde.
Il ne s’agit donc plus d’un rapport hiérarchique entre les hommes et les objets manipulés par nous mais bien d’objets qui dictent leur conduite. La voiture suit son chemin, le téléphone organise notre calendrier en prenant la liberté de fixer les rendez-vous, le drone tue de manière chirurgicale et la médecine guérit avec précision en quelque sorte sans coup férir. Ce n’est pas tant notre nouveau rapport aux objets qui choque mais bien cette inversion de l’ordre, de la chaîne de commandement. L’objet dicte son rythme et nous devrons nous adapter. Telle est la nouvelle réalité qui se dessine.

Les vainqueurs de la 4e révolution industrielle.

Encore une dernière réflexion sur l’enjeu économique que cela peut représenter. Il est clair que les régions industrielles qui sauront maîtriser les compétences en Big Data, en IOT (internet des objets), en IA (intelligence artificielle et en machine learning) grâce à de «Nouveaux Modèles d’Affaires» (à lire dans l’article de la semaine prochaine) seront les vainqueurs de la 4e révolution industrielle.

* Mathématicien, digital shaper






 
 

AGEFI



...