Les révolutions industrielles réinventent la société: les villes

lundi, 30.07.2018

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Nos territoires ont été façonnés par l’industrie. D’abord le chemin de fer à vapeur puis les routes asphaltées pour l’automobile (auto/mobile), ensuite les réseaux interconnectés des échanges commerciaux mondiaux avant bien sûr que les «Big Data» organisent et restructurent une fois encore nos villes.

Bref développement historique: lors de la première révolution industrielle pour la construction des lignes rectilignes du chemin-de-fer, on a tracé des tranchées au milieu des habitations pour atteindre le centre des villes. Les gares, à l’image de la gare de Lyon à Paris (1847), ont forgé de nouvelles centralités. La vision des grands boulevards comme le boulevard Haussmann (1857-1868) à Paris ou James Fazy à Genève participèrent à cet urbanisme des grands axes. La ville devient plus géométrique jusqu’à la perfection comme à New York, La Chaux-de-fonds, notamment.!

La deuxième révolution a amené les routes asphaltées et l’urbanisme fonctionnelle. Le goudron accompagne l’essor fulgurant de la voiture. On construit des mythes: la 66, la nationale 7. Au même moment, la transformation de la ville en zones bien définies (industrielle, habitation, commerciale et de loisir) impose une image de rationalité, d’efficience et de séparation des tâches. L’agriculture n’est pas en reste: elle se mécanise et se spécialise. L’industrie domine encore un peu plus notre monde.
La troisième révolution amènera la consommation de masse avec comme symbole clé les «Mall», sorte d’immenses temples dédiés à la consommation tandis que simultanément le mouvement écologiste naissant tentera d’équilibrer la ville avec des routes piétonnes et un concept multi-nodal sensé harmoniser le passage d’un moyen de transport à un autre. Tout un programme qui aujourd’hui encore occupe les spécialistes.

Entre théorique étatique et  réalité pragmatique

Mais la quatrième révolution portée par le numérique, amène son lot de données. On parle désormais de «data driven cities». Mais que cache se concept? Prenons un exemple: dans la circulation urbaine s’oppose aujourd’hui Google, Waze, Tom-Tom et autres logiciels GPS que les automobilistes utilisent pour se guider dans un trafic souvent congestionné. Se faisant, ils peuvent facilement aller à contre-courant de la volonté urbaine des planificateurs évitant les grands axes définis comme axes prioritaires et choisissant des parcours détournés annoncés comme plus rapides. On voit bien dans ce cas précis l’opposition d’une vision théorique étatique et la réalité pragmatique du terrain portée par les «Big Data», celles récoltées par les smartphones et positionnées par chacun d’entre nous dans la ville. Les données font ainsi déjà la loi.

L’arrivée prévue des véhicules autonomes va encore accentuer cette transformation au profit d’un trafic entièrement géré par les données et ceci jusqu’aux feux de signalisation de la circulation qui dans cette logique devrait être plutôt géré par Swisscom ou Google!

Message politique

Ce n’est pas une provocation si l’on songe qu’aujourd’hui Swisscom ou Google connaissent certainement mieux les «attitudes» citoyennes que les autorités. C’est donc plutôt un message au monde politique pour qu’il réagisse avant qu’il ne soit trop tard…pour eux!

* Mathématicien, digital shaper

 

 






 
 

AGEFI




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