Electricité: un système en dysfonctionnement total

vendredi, 23.09.2016

Les règles actuelles du marché d’électricité engendreront des déficits à répétition supportés majoritairement par les producteurs selon une étude d'E-Cube.

Christian Affolter

Le marché de l’électricité n'avait imaginé une suroffre. (Reuters)

Le système créé en Europe pour l’électricité compte parmi ceux au fonctionnement le plus pervers. Très probablement parce que le scénario d’une suroffre en énergie n’a jamais été imaginé lors de se conception.

Il se réalise pourtant depuis plusieurs années déjà, et il n’y a guère de signes que cette situation changerait bientôt. La réponse politique à cette configuration imprévue fait toujours défaut à l’échelle européenne. Et la stratégie énergétique 2050 en voie de finalisation au Parlement ne pourra y apporter que quelques corrections légères.

D’autant plus que parmi les distorsions actuelles, certaines sont certes spécifiques à la Suisse, en particulier en raison de la subdivision du marché de l’électricité en deux parties, libre et régulée. Mais au niveau du choix des sources, le problème se situe largement à l’échelle européenne.

Une étude réalisée par le think tank lausannois E-Cube présentée cette semaine au Centre patronal analysant toute la chaîne de création de valeur est d’abord arrivé à une conclusion plutôt familière: avec le niveau de prix actuel sur le marché de gros, les producteurs suisse n’arrivent plus du tout à couvrir leurs coûts.

D’autant moins que certains distributeurs les contournent en s’approvisionnant directement sur le marché de gros, même pour les clients finaux captifs. Mais si les revenus issus du réseau, régulé, permettent actuellement de compenser le manque du côté de la production pour les groupes qui exploitent les deux, ce mécanisme risque de s’estomper d’ici 2020.

Déjà sous forte pression, le secteur de l’électricité suisse se trouverait alors dans une situation encore beaucoup plus difficile. 

En 2015, la production doit déjà supporter un déficit annuel de 247 millions, qui devrait s’accroître à plus de 800 millions d’ici cinq ans. Un arrêt du Tribunal fédéral datant du 20 juillet redistribue les cartes au niveau de la double tarification – marché libre et régulé – du côté de la production, et pourrait avoir un impact négatif annuel de 200 millions de francs.

Selon l’entreprise spécialisée EVU Partners, l’effet négatif est double pour les groupes ayant accès au client final avec une production propre: il les oblige d’appliquer des baisses de tarif du côté des clients captifs. Il les contraint également à répercuter une partie des coûts de production sur les prix de l’électricité proposée au marché, ce qui rend celle-ci nettement moins compétitive.


 

 
 



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