Les réformes des retraites

mardi, 18.02.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

La réforme des retraites est un défi dans un grand nombre de pays. La France, pays voisin, est en grève depuis le 5 décembre dernier à cause des réformes proposées par le gouvernement, la plus longue grève depuis 1968. Les Suisses sont moins enclins à manifester mais leur résistance au changement est manifeste: l’âge de la retraite des hommes, 65 ans, est inchangé depuis 1948 et une proposition «Prévoyance vieillesse 2020» a été rejetée par la population en 2017.

Il faut noter qu’en 1948 l’espérance de vie d’un homme âgé de 65 ans était 8 ans inférieur à celle de l’époque actuelle. En Suisse, les femmes ont vu la retraite relevé à 64 ans en 1997 mais dans la mesure où elles ont une espérance de vie de 3 ans supérieure à celle des hommes, cet avantage est aujourd’hui difficile à justifier. En outre, avec une retraite à 65 ans, la Suisse s’oriente vers une durée de retraite parmi les plus élevées des pays de l’OCDE, soit 25 années, étant donné qu’un homme âgé de 20 ans en 2016 a une espérance de vie de 90 ans. 

En Suisse, l’absence de réformes a occasionné une détérioration du système de retraites par rapport à d’autres pays qui ont continué à s’adapter. L’OCDE mesure l’adéquation, la soutenabilité, et l’intégrité des systèmes de retraites. Dans un échantillon de 22 pays, la Suisse se trouvait 9e et au-dessus de la moyenne en 2018. Néanmoins, la Suisse sous-performe les meilleurs en termes d’adéquation, affichant un taux de remplacement moindre. La Suisse rencontre alors deux défis: assurer le financement des retraites pour une population vieillissante, et maintenir un taux de remplacement qui reflète la richesse du pays: la Suisse a le 3e PIB par habitant le plus élevé parmi les pays de l’OCDE. 

On peut alors comprendre la tentation de gérer le budget du gouvernement avec une plus grande austérité pour pouvoir faire face aux dépenses croissantes. Les dépenses pour les retraites ont augmenté de 2.7% chaque année depuis 10 ans tandis que les revenus n’ont grimpé que de 1.9% par an. Ainsi, le fonds qui gère le premier pilier est en déficit (hors revenu sur capital) depuis 2014. Le financement du premier pilier augmente cette année mais ne retardera pas la sous-capitalisation du fonds de plus de 4 ans, selon l’Office fédéral des assurances sociales en 2019. Par contre, des réformes plus ambitieuses qui vont au-delà des mesures de financement auraient un impact bien plus significatif. L’OCDE calcule que relever l’âge de la retraite à 67 ans pour tous limiterait l’augmentation du ratio entre le nombre de retraités et le nombre de personnes qui travaillent de 5 points de pourcentage au lieu de 12 points d’ici 2030. 

Ce n’est pas l’austérité seule qui pourra maintenir la performance de la Suisse ni dans l’absolu ni en relatif, que ce soit en ce qui concerne les retraites ou l’économie en générale. Et quand l’austérité implique une détérioration des services, elle est évidemment néfaste. En Suisse il faut veiller sur le pouvoir d’achat des retraités. Aujourd’hui on observe donc un déclin du taux de remplacement fort inopportun compte tenu de l’augmentation des dépenses de santé qui grèvent le budget des personnes âgées. Une stratégie bien plus prometteuse serait de s’adapter aux changements qui nous entourent. Par exemple, sans relever l’âge légale de la retraite, la Suisse pourrait ajuster des bonus et pénalités de sorte à encourager un départ à la retraite plus tardif. Entre épargner ou investir, l’avenir peut s’écrire de deux façons.

" Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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