Marchés frontières minés par la pandémie

mardi, 01.09.2020

Les produits offrant une exposition aux entreprises basées dans des pays en développement sur le point de devenir des pays émergents ne parviennent pas à rebondir de leurs plus bas.

Levi-Sergio Mutemba

À moyen-terme, les marchés frontières ont nettement sous-performé les classes d’actifs traditionnelles. Alors que l’indice des blue chips suisses SMI enregistre une appréciation de près de 18% depuis fin août 2015, l’exchange-traded fund iShares MSCI Frontier 100 ETF (ticker FM.US) perd 3,77% sur cette période. Tandis que les grands indices actions des marchés développés ont déjà réduit leurs pertes de 2020 à moins de 5% en moyenne, le fonds FM, qui suit la performance des 100 plus grandes entreprises basées dans les pays frontières, accuse toujours une perte de près de 15% depuis début janvier. 

Difficilement accessibles et fortement exposés au risque géopolitique, les marchés frontières sont moins avancés que les marchés émergents et généralement sur le point de le devenir. Ils constituent donc, théoriquement, des opportunités de diversification géographique, dans la mesure où ils sont peu corrélés au cycle économique global. Leurs entreprises, de taille plus petite que celles des pays émergents, offrent également une prime d’illiquidité attractive pour les early investors. Ceux dont le profil de risque est agressif et ayant pour vocation de se positionner très tôt sur des marchés naissants. 

C’était sans compter avec la crise sanitaire du Covid-19, qui s’est muée en crise humanitaire dans des pays souvent très pauvres en infrastructures à la fois matérielles et humaines. Mais, avant cela, les fonds frontières étaient déjà sous pression induite par la chute des cours du pétrole.

«L’indice MSCI Frontier Index est très exposé au risque des cours du pétrole, dès lors que plus de la moitié de l’indice (51,5%) est constitué d’importants exportateurs de pétrole, tels que le Koweït, le Bahreïn, le Nigéria, le Kazakhstan et la monarchie d’Oman», expliquent les experts de MSCI. Des pays comme le Vietnam et l’Indonésie, qui concentrent de nombreuses entreprises du secteur de la consommation et du détail, ont surtout été affectés par le ralentissement de l’activité provoqué par les mesures visant à endiguer la pandémie. 

Opportunités dans les banques et le carburant 

L’Afrique est l’autre grand représentant des marchés frontières, où les conséquences économiques du virus, qu’illustrent une baisse spectaculaire de l’activité, «sont bien pires que le virus lui-même», observe Malek Bou-Diab, gérant du fonds suisse Bellevue African Opportunities (BB African Opportunities). 

Le Fonds monétaire international (FMI) explique en effet que les perspectives pour 2020 et 2021 sont devenues «nettement plus défavorables qu’attendu en avril», avec une contraction attendue de la croissance économique de 3,4%. «Le seul point positif réside dans une population jeune, qui souffre moins des effets du virus», souligne Malek Bou-Diab. «Cependant, les inconvénients sont la faiblesse du système de soins de santé et le manque d’installations de dépistage», confie-t-il à L’Agefi.  

«Les pays ayant déjà engagé des réformes et réduit leur dette sont désormais clairement avantagés car ils ont reçu le soutien du FMI et ont pu emprunter rapidement», précise le gérant du fonds BB African Opportunities, en baisse de 10% environ au cours des cinq dernières années écoulées à fin août, d’après les données Bloomberg. «Il s’agit notamment de l’Egypte et du Maroc, qui ont maintenant tous deux obtenu un financement de leur balance commerciale pour un an.»  

Malek Bou-Diab appelle les investisseurs avisés à saisir les ­opportunités, celles-ci résidant notamment dans les faibles valorisations et le potentiel de croissance à long terme. Il cite le Crédit Agricole d’Egypte, l’une des principales banques privées égyptiennes, Obour Land, le plus grand producteur de fromage blanc et de yaourt en Egypte, et Vivo Energy, premier fournisseur indépendant de carburant en Afrique. «Les trois entreprises ont des bilans très solides et une direction expérimentée.»

«Dans le même temps, ils sont évalués à un niveau plus bas que jamais et offrent des rendements en dividendes supérieurs à la moyenne», insiste Malek Bou-Diab. «L’Afrique offre aux investisseurs des possibilités d’investissement très intéressantes, mais les résultats sont le fruit de la patience et de la persévérance.»






 
 

AGEFI



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