Dette émergente: quelles opportunités?

jeudi, 30.07.2020

Les problèmes des marchés émergents sont comparables à ceux de leurs homologues développés.

Omotunde Lawal*

Omotunde Lawal

Les taux de défaut sont inévitablement appelés à augmenter dans les pays émergents au cours des mois et des années à venir. Cependant, généraliser ce constat revient à simplifier à l’extrême une situation qui s’avère bien plus nuancée et à accorder trop d’importance à des prévisions excessivement pessimistes, au risque de passer à côté d’opportunités intéressantes.

Des caractéristiques à différencier

D’une certaine manière, les problèmes auxquels font face les marchés émergents à court et moyen termes sont comparables à ceux que rencontrent leurs homologues développés. Pratiquement toutes les économies à travers le monde ressentent les effets de la mise à l’arrêt des entreprises et des mesures de confinement. 

Cependant, les pays émergents doivent aussi composer avec d’autres obstacles qui leur sont propres. D’une part, nombre d’entre eux sont fortement tributaires du tourisme, dont les recettes se sont effondrées. Beaucoup dépendent aussi des envois de fonds de leurs émigrés menacés par la hausse du chômage. Les pays émergents sont en outre désavantagés par le fait que leur devise nationale n’a pas le statut de monnaie de réserve et sont donc pénalisés par la fuite des investisseurs vers les valeurs refuges. Enfin, les banques centrales des marchés émergents disposent d’une puissance de feu assez limitée par rapport à leurs homologues des pays développés. Toutefois, et contrairement à ce que certains gros titres peuvent laisser entendre, ces problèmes ne se traduisent pas nécessairement par une hausse généralisée et inévitable des taux de défaut.

En ce qui concerne le pétrole, en raison de la faiblesse des prix cette année, nul doute qu’un certain nombre de producteurs rencontreront des difficultés, mais la situation est bien plus nuancée qu’elle n’y paraît. Premièrement, le secteur pétrolier et gazier ne représente qu’environ 12,5% des entreprises des marchés émergents. Deuxièmement, les producteurs pétroliers émergents peuvent être avantagés par la baisse des prix de l’or noir, car ils affichent généralement les plus faibles coûts de production dans le monde. Troisièmement, nombre de compagnies pétrolières des marchés émergents sont également engagées dans des opérations en milieu de chaîne et en aval, ce qui leur permet souvent de compenser en partie la baisse des prix du brut sur les marchés en amont.

Enfin, une grande partie des producteurs de pétrole et de matières premières dans les pays émergents sont des entreprises publiques, qui bénéficient d’un soutien implicite ou explicite de la part de l’État. Il s’agit là d’un facteur essentiel à considérer dans le cadre de l’évaluation de la solvabilité des émetteurs en période de crise.

L’intervention des pouvoirs publics

Parmi les autres facteurs clés à prendre en compte, citons les vastes mesures de soutien au crédit et à la liquidité annoncées par les autorités dans le monde entier. La plupart des banques des pays émergents ont mis en place, pour des périodes variables, des moratoires sur la dette et le paiement des intérêts pour les entreprises et les particuliers. Cette mesure constitue une bouée de sauvetage pour de nombreuses entreprises emprunteuses qui se trouvent à un moment particulièrement critique. Bien entendu, cela ne signifie pas que les taux de défaut n’augmenteront pas par rapport à 2019, mais la hausse devrait être considérablement atténuée grâce à l’intervention des pouvoirs publics.

Un certain nombre de pays émergents notés «investment grade» (ou proches de cette catégorie) ont bénéficié d’une stabilité à la fois budgétaire et monétaire et ont géré leurs finances extérieures avec prudence tout au long de ce cycle économique. Dans bien des cas, les banques centrales de ces pays ont suffisamment de crédibilité pour fournir des liquidités au marché et laisser la monnaie nationale se déprécier, sans provoquer d’inflation ou de fuite des capitaux. Il s’agit notamment du Mexique, de la Colombie, du Brésil, de la Malaisie, de la Thaïlande, de la Russie et de la Pologne.

Concernant les Etats notés B, qui ne jouissent pas de la même marge de manœuvre et qui présentent un risque accru de rétrogradation ou de défaut, comme l’Angola et le Sri Lanka, ceux-ci se trouvaient déjà en mauvaise posture au début de la crise et éprouveront probablement des difficultés.

* Head of Emerging Markets Corporate Debt, Barings






 
 

AGEFI



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