Investissement socialement responsable: le phénomène prend une autre ampleur

vendredi, 17.01.2020

Les prises de consciences deviennent des plans d’action dans les plus hautes sphères que ce soit par idéologie, pression publique ou contraintes réglementaires.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin.

Petit à petit l’oiseau fait son nid. L’investissement socialement responsable est en l’occurrence l’oiseau de ce proverbe populaire. L’accélération avec laquelle il gagne du terrain ne permet en revanche plus de parler de petits pas. Plusieurs événements récents démontrent cette accélération.
En décembre, la Commission Européenne avait déjà surpris en annonçant son intention d’adopter une classification des investissements dits verts. Une façon de s’assurer que ceux-ci ne soient plus uniquement «dits» verts et que des critères définis limitent le risque d’éco blanchiment («greenwashing»). Le régulateur bancaire européen (European Banking Authority) innove aussi en encourageant les banques européennes à intégrer des critères ESG dans leur modèle d’affaire. La publication d’un ratio des actifs verts pourrait devenir obligatoire dès 2022. Son objectif est de mesurer la part du capital allouée par les banques aux financements, à travers leurs prêts par exemple, aux projets verts. Plus de transparence pour les investisseurs mais aussi de possibles ajustements dans la manière de traiter le capital et encourager les banques à soutenir des investissements verts.
BlackRock, le plus grand gérant d’actifs du monde ($7 trillions), a annoncé vouloir se défaire de ses investissements à risques climatique élevés, comme la production de charbon. Une annonce suivie par son adhésion au groupe Climate Action 100+ qui met sous pression les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en demandant plus de transparence mais aussi une réduction de leurs émissions. Finalement, BlackRock a listé les risques climatiques comme priorité dans ses dialogues avec les entreprises.
Un tournant intéressant car jusqu’ici BlackRock n’a pas brillé par ses positions en faveur de l’environnement dans les assemblées générales. L’organisation à but non lucratif Majority Actions a analysé les votes de plusieurs gérants d’actifs en 2019 et BlackRock a été pointé du doigt sur de nombreux points. Le gérant, qui s’aligne quasi systématiquement sur les managements, n’a soutenu que cinq mesures pro-environnementale sur 41 proposées et a voté contre toutes les propositions amenées par... Climate Action 100+!
Pour la première fois, les cinq plus gros risques identifiés par le WEF dans son rapport des risques 2020 sont tous directement associés au changement climatique. Christine Largarde, la nouvelle présidente de la BCE, réfléchit à rendre le programme d’achat d’actifs de la BCE compatible avec la lutte contre le changement climatique. Autre figure publique de taille, le président sortant de la Banque d’Angleterre, M. Carney, va prendre un poste aux Nations-Unies.    
Pour un salaire symbolique d’un dollar par année, il devient le représentant pour les actions climatiques. Son rôle sera notamment de mobiliser le monde financier afin qu’il prenne des mesures et soutenir la transition vers une économie émettant «zéro carbone» sur base nette. Les prises de consciences se transforment en plans d’action dans les plus hautes sphères et que ce soit par idéologie, par pression publique ou par contraintes réglementaires, il semblerait que l’oiseau ait enfin son nid.

* Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie






 
 

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